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Hirapur • Le temple Chausathi Jogini ouvert sur le ciel

À Hirapur, une enceinte de pierre presque discrète abrite le temple Chausathi Jogini et son cercle de divinités féminines. Cette vidéo révèle progressivement la cour ouverte vers le ciel, les sculptures de chlorite, leurs attributs variés et le Chandi Mandapa central. Découvrez comment l’architecture circulaire organise cet ancien sanctuaire tantrique de l’Odisha, toujours marqué par les offrandes et la pratique religieuse.
00:00 • intro | 00:18 • Du bassin au sanctuaire | 01:29 • L'enceinte du temple | 02:04 • L'entrée du temple | 02:31 • Chandi Mandapa | 03:27 • Le cercle des yoginis

Création personnelle à partir de matériel visuel collecté au cours de mon voyage Inde • Surprenante Inde Orientale: Assam, Odisha, Bengale Occidental (2023)

• sous-titres disponibles en Français, Anglais

Hirapur et le cercle des soixante-quatre Jogini

Un sanctuaire discret de l’Odisha

À Hirapur, dans la plaine côtière de l’Odisha et à une quinzaine de kilomètres de Bhubaneswar, le temple Chausathi Jogini se présente d’abord comme une construction basse et peu monumentale. Son enceinte de pierre ne possède ni la haute tour ni l’enchaînement de salles que l’on associe habituellement aux grands temples de la région. Cette apparente simplicité extérieure dissimule pourtant un espace religieux très précisément organisé, consacré aux soixante-quatre Jogini, puissances divines féminines liées aux traditions tantriques de l’hindouisme.

La vidéo permet d’aborder progressivement ce contraste. Les vues générales situent le monument dans son environnement rural et montrent ses proportions réduites, tandis que le passage vers la cour révèle une composition circulaire ouverte vers le ciel. Le regard découvre alors les niches disposées tout autour de la paroi, les figures sculptées qui les occupent et le petit pavillon placé au centre. L’intérêt du lieu repose moins sur une façade spectaculaire que sur la relation étroite entre l’architecture, les images divines et l’espace rituel.

Le temple demeure un lieu de culte. Les fleurs, les pigments colorés et les autres offrandes visibles auprès de certaines sculptures témoignent de cette continuité. Le monument doit donc être compris à la fois comme un vestige du haut Moyen Âge indien, un ensemble sculpté protégé et un sanctuaire encore fréquenté.

L’enceinte, les Jogini et le pavillon central

Le principal élément du monument est son enceinte circulaire, dont le diamètre intérieur atteint environ 7,5 mètres. Construite en blocs de grès sur des fondations comprenant de la latérite, elle s’élève à près de deux mètres. Le temple est hypèthre, c’est-à-dire dépourvu de toiture. La cour, les sculptures et le pavillon central restent ainsi directement exposés au ciel. Cette ouverture constitue une caractéristique fondamentale de l’édifice et détermine la perception de l’ensemble dès l’entrée.

La face intérieure du mur comprend soixante niches réparties à intervalles réguliers. Chacune forme un petit cadre architectural composé d’une base moulurée et d’un couronnement sculpté. Les figures des Jogini sont taillées dans une chlorite gris sombre, plus fine et plus résistante que le grès de l’enceinte. Leur matériau, leur teinte et leur surface relativement lisse les détachent visuellement de la maçonnerie environnante. La répétition régulière des niches établit une continuité, mais aucune statue n’est exactement identique à sa voisine.

Les Jogini se différencient par leurs attitudes, leurs bijoux, leurs coiffures, leurs attributs et les êtres qui leur servent de support. Certaines présentent une apparence humaine, d’autres possèdent une tête animale ou des traits plus redoutables. Elles peuvent porter des armes, des récipients ou divers objets rituels. Malgré les mutilations, l’ensemble conserve une grande variété iconographique. La figure de Mahamaya, placée face à l’entrée et plus développée que les autres, introduit un point de référence au sein du cercle.

Au milieu de la cour se trouve le Chandi Mandapa, un petit pavillon quadrangulaire ouvert sur ses quatre côtés. Huit niches y accueillaient quatre Jogini et quatre formes de Bhairava, associant le groupe féminin à une manifestation redoutable de Shiva. Une image de Shiva aurait autrefois occupé le centre du pavillon, mais elle disparut après la redécouverte moderne du temple. La structure visible aujourd’hui a été en partie reconstruite et ne restitue donc pas nécessairement tous les détails de son état ancien.

Fondation et signification religieuse

Aucune inscription de fondation connue ne fournit une date précise ou le nom assuré d’un commanditaire. L’étude stylistique des sculptures situe généralement la construction entre la fin du IXe et le début du Xe siècle, pendant la période de domination de la dynastie Bhaumakara. Cette époque fut marquée en Odisha par la coexistence du bouddhisme, du shivaïsme, du vishnouisme et de plusieurs formes de culte de la Déesse.

Une tradition attribue la fondation à Hiradevi, épouse du souverain Shantikaradeva II et mère probable de Shubhakaradeva IV. Cette proposition est compatible avec une datation dans la seconde moitié du IXe siècle, mais elle n’est confirmée par aucun document découvert dans le temple. La place occupée par plusieurs reines régnantes chez les Bhaumakara constitue un contexte suggestif, sans établir de lien direct entre leur autorité et la construction du sanctuaire.

Dans les traditions tantriques shakta et shivaïtes, les Jogini pouvaient être comprises comme des manifestations, des compagnes ou l’entourage d’une déesse principale. Leur disposition en cercle formait un ensemble rituel cohérent, plutôt qu’une simple accumulation de statues indépendantes. Mahamaya représentait la puissance de manifestation de la Grande Déesse, tandis que Bhairava introduisait la présence de Shiva dans le dispositif central. L’organisation architecturale donnait ainsi une forme concrète aux relations entre ces différentes puissances divines.

Le fonctionnement exact des cérémonies médiévales reste mal documenté. Les interprétations associant systématiquement l’ouverture du temple au vol des Jogini ou à des pratiques occultes déterminées appartiennent surtout à des explications traditionnelles ou modernes. L’absence de toit, le cercle des images et la position centrale du pavillon montrent néanmoins que le bâtiment fut conçu comme un espace rituel spécialisé, différent du sanctuaire fermé organisé autour d’une seule image principale.

Redécouverte, altérations et conservation

Les circonstances de l’abandon progressif du temple ne sont pas connues. Plusieurs figures ont perdu des bras, des visages ou leurs attributs, mais les dates et les responsables de ces détériorations ne peuvent être établis avec certitude. Le monument resta longtemps peu étudié malgré sa proximité avec Bhubaneswar. Il fut porté à l’attention des chercheurs au début des années 1950, l’année 1953 étant généralement associée à sa redécouverte archéologique.

La conservation doit répondre aux contraintes d’une architecture ouverte. Les précipitations et l’humidité affectent directement le sol, les joints de maçonnerie et les reliefs. Le grès poreux de l’enceinte a perdu davantage de précision que la chlorite des sculptures intérieures. Les interventions modernes ont stabilisé certaines parties, réorganisé les abords et complété le pavillon central. Elles facilitent la compréhension du plan, tout en rendant parfois moins nette la distinction entre les éléments anciens et les restitutions.

Une observation construite par l’image

Les photographies sélectionnées et animées permettent de lire le temple selon une progression que la visite réelle, brève et concentrée dans un espace réduit, ne rend pas toujours immédiatement perceptible. Les vues extérieures établissent l’échelle du monument, puis les changements de cadrage accompagnent le passage vers la cour. Les plans plus rapprochés isolent les niches, les matériaux et les différences entre les statues, sans perdre leur relation avec la géométrie circulaire.

Ce mode de présentation rend également visibles les contrastes de texture entre le grès et la chlorite, l’usure des encadrements, les fractures anciennes et les traces du culte actuel. L’enchaînement des images aide à comparer les Jogini, à reconnaître la régularité de leur implantation et à comprendre le rôle du Chandi Mandapa. Les pages détaillées consacrées au monument et aux notions qui lui sont associées permettent de prolonger cette lecture historique, architecturale et religieuse.

Transcription du commentaire audio

Du village au temple des Yogini

Hirapur est un petit village situé à une vingtaine de kilomètres de Bhubaneswar, dans l’Odisha. Son importance au Moyen Âge est inconnue. Il abrite cependant un témoignage exceptionnel de cette période : le temple des soixante-quatre Yoginī, construit vers la fin du premier millénaire et parfois attribué à la dynastie des Bhaumakara.

À l’entrée du chemin conduisant au temple se trouve un grand banyan. Un étang occupe une partie du village.

Plus loin, un petit temple est consacré à Shiva. Sous un arbre voisin sont rassemblées de nombreuses représentations de cobras, principalement en métal. Il s’agit vraisemblablement d’offrandes votives associées au culte de Shiva ou des Nāga.

Le temple des soixante-quatre Yoginī se trouve au bout de ce chemin. De dimensions modestes, il présente un plan circulaire et ne possède pas de toiture.

L'enceinte du temple

Avec seulement neuf mètres de diamètre et des murs d’à peine deux mètres cinquante de haut, le Chausathi Yogini surprend par ses dimensions intimistes. Son enceinte circulaire, bâtie en blocs de grès et ouverte sur le ciel, abrite sur sa face extérieure neuf figures féminines : les Katyayani. Armées et représentées debout sur des têtes tranchées, ces farouches gardiennes confèrent à cette silhouette basse et sobre une aura saisissante.

Entrée du temple

Dans l’étroit passage d’entrée se font face Kāla et Vikāla Bhairava, deux manifestations redoutables de Shiva. Leurs corps décharnés, leurs guirlandes de crânes et leurs attributs macabres soulignent leur fonction protectrice : gardiens du seuil, ils marquent le passage vers l’espace sacré et tantrique des yoginis.

Chandi Mandapa

Au centre du temple se dresse le Chandi Mandapa. Aux soixante yoginis disposées dans les niches de l’enceinte circulaire répondent ici les quatre dernières, portant leur nombre total à soixante-quatre. Elles y côtoient quatre Bhairavas, manifestations redoutables de Shiva. Ce sanctuaire carré forme ainsi le noyau du grand mandala circulaire dessiné par le temple, probablement autour d’une image de Shiva ou de Mahabhairava aujourd’hui disparue. Il en constituait le cœur symbolique et, vraisemblablement, le foyer des anciens rites tantriques.

Le cercle des soixante yoginis

Tout autour de l’enceinte circulaire prennent place soixante yoginis. Dans la tradition tantrique, ces divinités féminines personnifient les multiples puissances de la Shakti, l’énergie créatrice du divin. Sculptées dans une chlorite gris sombre à grain fin, elles se distinguent par leurs postures, leurs coiffures, leurs attributs et les animaux ou personnages qui leur servent de monture. Plusieurs se tiennent sur des corps humains couchés, évocation des rites tantriques liés aux lieux de crémation. Le cadavre symbolise ici la confrontation avec la mort, le dépassement de la peur et la puissance de la Shakti sur la matière inerte. Tantôt gracieuses, tantôt redoutables, les yoginis forment ensemble un cercle sacré, au cœur des anciens rituels du temple.

Les 64 Yoginis, un héritage partagé

Ce temple n’est pas le seul en son genre. L’Inde propose de réunir plusieurs sanctuaires comparables dans une future candidature sérielle auprès de l’UNESCO. Leur nom, Chausath Yogini, signifie « les soixante-quatre Yoginis » et désigne les 64 divinités féminines disposées en cercle dans des niches individuelles. Selon la fiche de candidature, leur culte serait issu des traditions tribales de l’ancienne région forestière du Gondwana, avant d’être progressivement intégré à l’hindouisme.

Le nombre soixante-quatre n’est pas anodin : huit multiplié par huit, il évoque les directions de l’espace et la totalité du monde. Disposées en cercle comme dans un mandala, les 64 Yoginis incarnent ainsi les multiples manifestations de la puissance féminine divine.

Statue au centre de Chausathi Jogini temple , Hirapur, Odisha • Inde
temple Chausathi Jogini, Hirapur  • Inde • Odisha

temple Chausathi Jogini

temple Chausathi Jogini, Hirapur  • Inde • Odisha

temple Chausathi Jogini

temple Chausathi Jogini, Hirapur  • Inde • Odisha

temple Chausathi Jogini

temple Chausathi Jogini, Hirapur  • Inde • Odisha

temple Chausathi Jogini

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