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Hirapur • Chausathi Jogini temple - Sanctuaire tantrique circulaire

Le temple Chausathi Jogini est un sanctuaire hindou situé à Hirapur, dans l’État indien de l’Odisha, à proximité de Bhubaneswar. Consacré aux soixante-quatre Jogini, il est associé au culte de la puissance divine féminine et aux courants tantriques de l’hindouisme. Le site conserve une fonction religieuse et accueille aussi les visiteurs intéressés par le patrimoine culturel de la région. Les différentes représentations divines qui y sont réunies composent un ensemble consacré aux multiples manifestations de la déesse. Le monument permet ainsi d’aborder la diversité des pratiques religieuses de l’Odisha et la place accordée aux divinités féminines dans cette région de l’Inde.

Le temple Chausathi Jogini de Hirapur

Fondation et contexte historique

Le temple Chausathi Jogini, ou temple des Soixante-Quatre Yoginis, se trouve à Hirapur, près de Bhubaneswar, dans l’actuel État d’Odisha. L’étude stylistique de ses sculptures situe généralement sa construction entre la fin du IXe et le début du Xe siècle. Aucun texte fondateur ni aucune inscription contemporaine ne permet cependant d’en établir la date exacte ou d’en identifier avec certitude le commanditaire.

Une tradition historiographique attribue le sanctuaire à la reine Hiradevi, liée à la dynastie des Bhaumakara, qui dominait alors une grande partie de l’Odisha. Certaines interprétations présentent Hiradevi comme la mère du roi Subhakaradeva II et font dériver le nom de Hirapur de celui de la souveraine. Cette attribution reste hypothétique, mais elle est compatible avec la place occupée par les femmes dans le gouvernement des Bhauma-Kara, plusieurs reines de cette dynastie ayant exercé directement le pouvoir.

La fondation du temple témoigne surtout de l’intégration d’un culte ésotérique dans le patronage royal. La construction d’un sanctuaire permanent transforma des pratiques probablement locales et peu institutionnalisées en un culte bénéficiant de ressources politiques, artisanales et architecturales.

Origines du culte et fonction rituelle

Les yoginis étaient des divinités féminines associées à la puissance créatrice et destructrice de la *Shakti*. Plusieurs historiens des religions considèrent que leur culte s’est formé par l’intégration progressive de divinités villageoises, de génies féminins de la nature et de traditions pratiquées par des populations agricoles ou tribales. Les déesses protectrices locales, ou *gramadevis*, étaient notamment invoquées contre les maladies, les mauvaises récoltes et les forces hostiles entourant les établissements humains.

Cette origine probablement populaire et tribale ne doit pas être comprise comme une filiation unique et démontrée. Le culte connu à Hirapur résulte plutôt d’un processus de synthèse : des figures féminines locales furent incorporées aux traditions tantriques shivaïtes et shakta, puis organisées selon une iconographie savante. Leur regroupement conventionnel au nombre de soixante-quatre paraît appartenir à cette phase de systématisation. Les traits animaux, les montures inhabituelles et les aspects alternativement bienveillants ou terrifiants des statues conservent néanmoins l’empreinte de croyances liées aux forces naturelles et protectrices.

Le terme odia *chausathi* signifie « soixante-quatre ». Le monument abritait un collège de yoginis disposé autour de l’espace cérémoniel, associé à Bhairava, forme redoutable de Shiva. Les rituels exacts demeurent mal connus, car les traditions tantriques étaient transmises dans des cercles initiatiques restreints. Le sanctuaire pouvait servir à rechercher protection, pouvoirs spirituels et maîtrise de forces considérées comme dangereuses.

Architecture et programme sculpté

D’environ neuf mètres de diamètre, Hirapur est le plus petit des temples de yoginis connus en Inde. Son enceinte circulaire, construite en blocs de grès et haute d’environ deux mètres cinquante, est dépourvue de toiture. La face intérieure comporte une succession de niches accueillant soixante figures de yoginis en chlorite sombre. Quatre autres divinités appartenaient au noyau central, dont l’organisation a été partiellement remaniée.

Chaque yogini possède des attributs, une coiffure et une monture propres. Certaines prennent appui sur des animaux, des têtes humaines ou des créatures fantastiques. Leur représentation associe sensualité, mouvement et puissance menaçante. Des figures de Bhairava apparaissent également dans le monument, notamment sur la paroi extérieure.

Au centre de la cour se trouve un petit pavillon quadrangulaire ouvert. L’ensemble concentrique a été interprété comme un *mandala* architectural dans lequel les divinités périphériques entouraient le centre du rite. L’ouverture vers le ciel distinguait radicalement Hirapur des grands temples à tour de l’architecture odia et maintenait le contact symbolique entre les cérémonies, les éléments naturels et les puissances invoquées.

Redécouverte, usage et projet patrimonial

Après le déclin des cultes institutionnels des yoginis, l’histoire du temple reste largement inconnue. Certaines statues furent mutilées ou déplacées, sans que ces dommages puissent être rattachés avec certitude à un événement précis. Le site fut porté à l’attention des chercheurs en 1953 par l’historien et archéologue odia Kedarnath Mahapatra. Des interventions ultérieures permirent de dégager l’enceinte, de stabiliser les maçonneries et de préserver les sculptures conservées.

Le temple demeure un lieu de culte vivant, désormais centré notamment sur la déesse Mahamaya. Les offrandes, les célébrations religieuses et certaines manifestations culturelles assurent une continuité d’usage, tout en imposant de concilier fréquentation et conservation de sculptures exposées aux intempéries.

Depuis le 11 février 2025, Hirapur figure dans le projet indien intitulé officiellement « Serial Nomination of Chausath Yogini Temples », inscrit sur la liste indicative de l’UNESCO. Cette proposition en série réunit treize temples ou sites archéologiques répartis entre le Madhya Pradesh, l’Uttar Pradesh, le Tamil Nadu et l’Odisha, dont Ranipur-Jharial. Elle vise à présenter collectivement l’architecture, l’iconographie et les traditions tantriques des sanctuaires de yoginis. Hirapur n’est donc pas encore inscrit sur la Liste du patrimoine mondial : son inclusion dans la liste indicative constitue une étape préparatoire à une éventuelle candidature.

Repères contemporains dans le monde

À la fin du IXe siècle, l’Empire byzantin était gouverné par la dynastie macédonienne. En Europe occidentale, l’espace carolingien se fragmentait en plusieurs royaumes. Bagdad demeurait un grand centre intellectuel du califat abbasside malgré l’affaiblissement de son autorité politique. En Chine, la dynastie Tang approchait de sa disparition en 907.

Architecture du temple Chausathi Jogini de Hirapur

Implantation, échelle et composition générale

Le temple s’élève dans le village de Hirapur, au sud-est de Bhubaneswar, sur la plaine côtière de l’Odisha. Contrairement à plusieurs sanctuaires de yoginis établis sur des hauteurs isolées, il ne domine pas son environnement par une plate-forme. Aucun haut portail ni tour-sanctuaire ne signale l’édifice à distance. Cette insertion discrète renforce le contraste entre l’extérieur presque fermé et la cour rituelle entièrement découverte, accessible par une unique ouverture étroite.

L’ensemble est formé d’une enceinte circulaire d’environ neuf mètres de diamètre pour une hauteur proche de 2,4 mètres. Ces dimensions en font le plus petit temple de yoginis conservé en Inde. Le cercle n’est interrompu que par un court passage d’entrée saillant. Vu en plan, l’anneau associé à ce prolongement a été comparé au socle en forme de *yoni* recevant un *linga* de Shiva ; cette lecture symbolique demeure une interprétation.

Le dispositif est hypèthre : la cour et la majeure partie du sanctuaire restent ouvertes au ciel. Il n’existe ni nef, ni salle fermée, ni toiture sur l’anneau périphérique. La circulation s’effectue devant la suite des niches. L’absence de couverture donne au mur circulaire une double fonction d’enveloppe et de support iconographique. Elle place aussi l’intérieur en relation immédiate avec la lumière, la pluie et les variations atmosphériques, déterminantes dans sa perception.

Enceinte circulaire et symbolique du nombre 64

L’enceinte est construite en blocs de grès appareillés, dont la teinte claire contraste avec les statues intérieures en chlorite sombre. Sa masse continue ne comporte pas de colonnade périphérique : un mur bas, épais et presque aveugle définit l’espace. Le couronnement horizontal, dépourvu de *shikhara*, de corniche monumentale ou de superstructure, accentue la géométrie élémentaire du volume. Les moulures simplifiées sous les niches constituent l’essentiel de l’articulation intérieure.

Soixante-quatre niches rectangulaires rythment la face concave du mur. Le nombre 64 structure ici l’architecture autant que l’iconographie. Dans les traditions tantriques, il exprime un ensemble complet, souvent conçu comme huit groupes de huit puissances ; il est aussi rapproché des soixante-quatre *kalas*, arts ou facultés. Ces correspondances varient selon les textes et ne démontrent pas un calcul architectural unique. À Hirapur, leur traduction concrète est la répétition régulière de cellules miniatures sur des socles moulurés, formant une couronne visuelle continue.

Le passage d’entrée, étroit et bas, comprime le déplacement avant l’ouverture sur la cour circulaire. Deux *dvarapalas*, ou gardiens de porte, encadrent cette transition, tandis que des figures redoutables occupent les parois du vestibule. Son axe organise la vue vers le pavillon central et la niche principale opposée. Cette séquence produit une hiérarchie sans élévation imposante : seuil resserré, espace découvert, centre construit, puis anneau des divinités.

Pavillon central et organisation iconographique

Au milieu de la cour se dresse un pavillon quadrangulaire traditionnellement appelé *Chandi Mandapa*. Sa forme orthogonale contraste avec l’enceinte circulaire. Ouvert sur ses quatre côtés, il possède des passages arqués et un couvrement bas, sans masquer complètement l’anneau périphérique. Son emplacement divise les parcours, crée plusieurs axes de vision et introduit un second circuit dans la composition concentrique du temple.

Les faces du pavillon comportent huit emplacements sculptés. Quatre sont associés à des yoginis et quatre à des Bhairavas, formes redoutables de Shiva ; certaines images ont disparu ou ont été remplacées. Une représentation de Shiva dansant est également liée à ce noyau. Cette alternance construit une relation entre le centre masculin et la couronne féminine sans les séparer dans des bâtiments autonomes. L’organisation a donc été interprétée comme un *mandala* bâti, composé d’un cercle extérieur de soixante yoginis et d’un groupe central complémentaire.

Les sculptures de yoginis, hautes d’environ quarante centimètres pour une grande partie d’entre elles, sont taillées dans une chlorite à grain fin permettant un modelé précis. Elles se détachent sur les niches de grès par leur couleur foncée et leur surface plus lisse. Les montures animales, les coiffures, les bijoux et les postures différencient chaque figure, tandis que leur échelle et leur alignement maintiennent l’unité du registre. Le décor sculpté n’est donc pas appliqué à l’architecture : il détermine son rythme et son usage spatial.

Particularités extérieures, transformations et conservation

La paroi convexe est beaucoup plus sobre que l’intérieur, mais elle présente une particularité rare parmi les temples de yoginis : neuf niches extérieures contenant des figures féminines en grès, traditionnellement identifiées comme des Katyayanis. Espacées sur la circonférence, elles rompent ponctuellement la continuité du mur sans constituer un récit en frise. Leur matériau les rapproche visuellement de l’enveloppe, contrairement aux yoginis en chlorite. Le bâtiment possède ainsi deux registres protecteurs : la série principale tournée vers la cour et des gardiennes orientées vers le paysage.

L’édifice est parvenu jusqu’à l’époque moderne avec une grande partie de son anneau et de son pavillon, mais plusieurs statues ont été mutilées, perdues ou déplacées. Les interventions menées après sa redécouverte savante en 1953 ont surtout dégagé le monument, consolidé les maçonneries et réorganisé les éléments conservés. La lecture actuelle doit donc distinguer la structure médiévale, relativement intacte, de certains réaménagements iconographiques. Le pavage, les abords entretenus et divers dispositifs de protection appartiennent également à la présentation contemporaine du site.

La conception à ciel ouvert constitue sa qualité architecturale la plus caractéristique et sa principale vulnérabilité. Le grès de l’enceinte subit directement pluies de mousson, humidité, variations thermiques et développement biologique ; la chlorite résiste mieux, mais ses détails peuvent être altérés par les dépôts et les manipulations. La faible hauteur des niches place en outre les sculptures au contact immédiat des visiteurs et des offrandes. La conservation doit préserver simultanément l’appareil, le drainage de la cour, les surfaces sculptées et l’usage cultuel encore actif.

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