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Les monuments rupestres jaïns de Badami, d’Ellora et des collines d’Udayagiri et de Khandagiri réunissent des espaces destinés à la vie monastique, à la méditation et au culte. Répartis entre le Karnataka, le Maharashtra et l’Odisha, ils partagent une démarche architecturale : creuser ou dégager la roche pour créer des lieux adaptés aux pratiques religieuses jaïnes.
La grotte nº 4 de Badami associe une salle à piliers à des représentations de maîtres spirituels jaïns. À Ellora, la grotte 30, appelée Chota Kailasa, et la grotte 32, Indra Sabha, présentent des compositions où cours, sanctuaires et sculptures sont façonnés dans la masse rocheuse. À Udayagiri et Khandagiri, les cellules et les espaces collectifs répondent notamment aux besoins des communautés ascétiques.
Ce regroupement permet de comparer plusieurs usages d’une même technique, dans des régions et à des époques différentes. Des logements monastiques aux ensembles cultuels élaborés, ces sites montrent comment le travail de la pierre accompagne l’organisation des activités religieuses. Leur unité repose sur cette articulation entre excavation, distribution des espaces et expression du jaïnisme, sans effacer les particularités de chaque ensemble.
Grotte 4 à Badami
Bhubaneswar • Udayagiri et Khandagiri
Ellora • Grotte Chota Kailasa
L’architecture rupestre jaïne : espaces ascétiques et sanctuaires sculptés
Les grottes jaïnes de Badami, les ensembles de Chota Kailasa et d’Indra Sabha à Ellora, ainsi que les grottes d’Udayagiri et de Khandagiri associent une appartenance religieuse commune à différentes manières d’aménager la roche. Leur rapprochement permet d’étudier les relations entre logement monastique, pratique ascétique et culte des maîtres spirituels. Ces fonctions se combinent selon des proportions variables : le terme de grotte recouvre ici aussi bien des cellules de retraite que des salles à piliers et des temples dégagés dans la pierre.
Des traditions régionales séparées par plusieurs siècles
Les premières excavations d’Udayagiri et de Khandagiri sont associées au règne de Kharavela et à ses successeurs, autour du Ier siècle avant notre ère. Les aménagements jaïns de Badami appartiennent au contexte médiéval du Deccan, plusieurs siècles plus tard. À Ellora, les sanctuaires jaïns correspondent à une phase tardive du développement du site. Cette distance chronologique interdit de présenter la sélection comme le produit d’une campagne commune ou d’un programme architectural continu.
Les liens entre ces monuments reposent plutôt sur la permanence de besoins religieux et sur l’adaptation de techniques disponibles dans chaque région. Le soutien de souverains et de donateurs permet l’aménagement de lieux destinés aux communautés jaïnes. À Udayagiri, les inscriptions rendent particulièrement visible cette articulation entre pouvoir politique et fondation religieuse. Dans les ensembles médiévaux, l’ampleur des sculptures et des espaces cultuels atteste également la mobilisation de ressources, sans que chaque intervention puisse être attribuée à un commanditaire identifié.
Creuser un abri ou dégager un temple
L’architecture rupestre procède principalement par enlèvement de matière. Les volumes intérieurs, les passages et les supports doivent être prévus dans la roche conservée. Toutefois, cette technique ne produit pas nécessairement des espaces fermés : elle permet aussi de dégager des cours et des édifices autour desquels la circulation devient possible. La différence entre excavation intérieure et dégagement monolithique explique une partie des variations entre les cellules de l’Odisha et les compositions plus complexes représentées à Ellora.
La nature du matériau intervient directement dans le travail. Les grès de Badami et de l’Odisha ne présentent pas les mêmes propriétés que les formations basaltiques d’Ellora. Fissures, couches et résistance de la pierre conditionnent l’emplacement des ouvertures, la portée des plafonds et la finesse des reliefs. Les piliers taillés dans la masse participent au maintien des parties supérieures tout en organisant les salles. Leur aspect peut reprendre celui de supports construits, bien qu’ils résultent d’un processus matériel différent.
Ces monuments emploient ainsi un vocabulaire comprenant portiques, colonnes, consoles et encadrements sculptés, également présent dans l’architecture assemblée. L’excavation ne constitue pas un univers formel isolé. À Badami comme à Ellora, les réalisations jaïnes voisinent avec des sanctuaires d’autres traditions religieuses et partagent certains procédés avec eux. Ces correspondances témoignent de pratiques architecturales communes et d’échanges de formes ; elles ne suffisent pas, à elles seules, à identifier les équipes ni à établir une transmission directe entre tous les sites.
Organiser le retrait et la présence des images
Les cellules de petites dimensions et les espaces collectifs répondent aux exigences d’une vie communautaire fondée sur la discipline et le renoncement. Leur organisation distingue les lieux de séjour des passages et des zones de rassemblement. Les sanctuaires à salles plus développées accordent davantage de place à l’approche des images et aux gestes de dévotion. Cette variation ne doit pas être comprise comme le remplacement systématique d’un monachisme sobre par une religion exclusivement cérémonielle : les fonctions peuvent coexister et évoluer.
Les figures des tirthankara, maîtres ayant atteint la libération et enseigné sa voie, donnent une cohérence religieuse aux programmes sculptés médiévaux. Les attitudes assises de méditation ou debout dans l’immobilité mettent en évidence la maîtrise du corps. La posture du kayotsarga exprime le détachement à son égard. Les représentations de Bahubali, dont les jambes peuvent être entourées de lianes, rendent également visible la durée de l’ascèse. Ces images donnent une forme reconnaissable à des modèles de conduite et d’accomplissement spirituel.
Renoncement, décor et diversité des représentations
La richesse de certains sanctuaires ne contredit pas mécaniquement leur référence au renoncement. L’austérité concerne le comportement ascétique, tandis que l’ornementation résulte aussi d’actes de dévotion et de dons. Figures protectrices, êtres célestes, feuillages et compositions géométriques entourent les maîtres spirituels sans se confondre avec eux. L’immobilité des figures centrales contraste avec l’animation des éléments périphériques. Cette distinction visuelle hiérarchise les représentations et différencie les modèles de libération des personnages qui accompagnent leur vénération.
Les reliefs anciens de l’Odisha accordent une place à des scènes humaines, animales et narratives dont l’interprétation demeure parfois discutée. Ils ne correspondent pas tous au vocabulaire iconographique des sanctuaires médiévaux. Comparer ces ensembles demande donc de distinguer des contextes de production différents. La présence d’un décor sculpté ne suffit pas à déterminer la fonction précise d’une pièce, et les appellations actuelles des grottes ne constituent pas nécessairement des indications fiables sur leur destination initiale.
Des surfaces travaillées à préserver
La sculpture et l’architecture appartiennent souvent au même volume rocheux : un plafond, une colonne ou une image ne peuvent être dissociés de leur support sans altération. Les infiltrations et l’érosion affectent donc simultanément la stabilité des espaces et la lisibilité des décors. À Ellora, des vestiges de peinture rappellent aussi que l’apparence originelle ne se limitait pas à la pierre nue. Leur conservation exige de considérer ensemble la roche, ses surfaces sculptées et les traces d’enduits ou de pigments.
Les grottes jaïnes : sanctuaires et établissements monastiques de l’Inde
Inde
Karnataka, Badami • Grotte nº 4
La grotte nº 4 est aménagée dans la colline de grès qui borde le côté méridional de Badami, au-dessus du lac Agastya. Elle appartient à un ensemble de quatre grottes principales dont les trois autres possèdent une destination hindoue. Son excavation, postérieure à celle des grands sanctuaires voisins, est généralement située au VIIe ou au VIIIe siècle ; certains décors résultent d’interventions ultérieures. Elle s’inscrit dans le développement religieux de Badami, ancienne capitale des Chalukya. L’organisation associe une véranda à piliers, une salle intérieure et un sanctuaire placé au fond. Les supports, les plafonds et les encadrements ont été conservés puis sculptés dans la masse rocheuse. Les représentations de Mahavira, de Parshvanatha et de Bahubali identifient la destination jaïne du lieu. La protection de serpents au-dessus de Parshvanatha et les lianes entourant les jambes de Bahubali rendent leurs figures reconnaissables. Les attitudes méditatives et l’immobilité des corps expriment la maîtrise ascétique. Dans ce thème, la grotte illustre un sanctuaire relativement compact où l’architecture organise l’approche des images. Sa proximité avec des excavations hindoues montre également l’emploi d’un vocabulaire régional partagé : piliers, consoles et portiques sont adaptés à une destination religieuse distincte, sans imposer une technique constructive entièrement différente.
Maharashtra, Ellora • Grotte 30, Chota Kailasa
La grotte 30 appartient au groupe jaïn situé dans la partie septentrionale d’Ellora, près de l’actuelle Chhatrapati Sambhajinagar. Le développement de ce groupe commence autour du IXe siècle et se poursuit durant plusieurs campagnes. Les monuments sont façonnés dans les formations basaltiques du Deccan, également utilisées pour les ensembles bouddhistes et hindous du site. Le nom Chota Kailasa, généralement traduit par « petit Kailasa », renvoie à une parenté avec le type du temple monolithique représenté ailleurs à Ellora ; il ne désigne pas une consécration hindoue. Ici, le travail ne consiste pas seulement à ouvrir des pièces dans une paroi. L’enlèvement de la roche environnante dégage un corps de temple dont les faces extérieures deviennent elles-mêmes des surfaces architecturales. Une base surélevée, un accès, une salle à piliers et un sanctuaire composent l’édifice, tandis que la superstructure reprend des formes de l’architecture du sud de l’Inde. Les images jaïnes précisent la fonction cultuelle de cet ensemble. Des parties inachevées permettent de distinguer les zones mises en forme des masses encore peu travaillées. Dans la sélection, ce monument représente ainsi la dimension extérieure de l’architecture rupestre : la technique produit un temple dégagé et des circulations autour de lui, plutôt qu’un espace exclusivement intérieur. Il associe des formes architecturales partagées à un programme religieux propre.
Maharashtra, Ellora • Grotte 32, Indra Sabha
La grotte 32 se trouve dans le même secteur jaïn d’Ellora et appartient principalement aux aménagements des IXe et Xe siècles. Elle réunit une cour, un sanctuaire monolithique et des salles distribuées sur deux niveaux. Dans la cour, un éléphant sculpté dans la roche fait face à une haute colonne cérémonielle, appelée manastambha. Ces éléments structurent l’espace précédant les salles et donnent à l’accès une composition différente de celle d’une simple ouverture dans la falaise. À l’intérieur, les piliers sculptés divisent les volumes, tandis que les portes et les espaces secondaires organisent la circulation vers les images. Les maîtres spirituels jaïns sont accompagnés de figures protectrices et célestes, distinguées par leurs postures et leurs attributs. L’appellation Indra Sabha ne suffit donc pas à interpréter le lieu comme un temple hindou consacré à Indra : sa destination repose sur son iconographie et sur l’aménagement de ses sanctuaires. Des vestiges de peinture rappellent que les surfaces ne présentaient pas uniquement l’aspect de la pierre nue. Dans le thème, la grotte montre comment une excavation peut réunir plusieurs niveaux, des espaces ouverts et fermés, ainsi qu’un décor développé. Les plafonds, les supports et les reliefs restent matériellement liés au basalte conservé, ce qui associe étroitement construction et sculpture.
Odisha, Bhubaneswar • Grottes d’Udayagiri et de Khandagiri
Les grottes d’Udayagiri et de Khandagiri occupent deux collines voisines à l’ouest de Bhubaneswar. Leur première phase d’aménagement est associée au roi Kharavela et à ses successeurs, autour du Ier siècle avant notre ère. Elles constituent un ensemble dispersé de cellules, de portiques et d’espaces collectifs principalement destinés à des ascètes jaïns. Certaines excavations utilisent ou prolongent des cavités naturelles. Beaucoup de chambres sont petites et basses, tandis que d’autres ensembles possèdent des façades plus développées et des dispositions à plusieurs niveaux. Les inscriptions renseignent les donations et les commanditaires. Celle de Kharavela, gravée près de la grotte Hathigumpha, fournit un témoignage sur son règne, même si plusieurs passages et aspects de sa datation restent discutés. Les reliefs représentent des figures humaines, des animaux et des scènes narratives dont l’interprétation n’est pas toujours assurée. Des images jaïnes ajoutées durant les périodes suivantes attestent la prolongation et la transformation des usages religieux. Dans cette sélection, les deux collines rendent particulièrement visible la fonction résidentielle de l’architecture rupestre. Les cellules anciennes se distinguent des salles davantage organisées autour du culte des images à Badami et à Ellora. Les portiques décorés et les ensembles plus vastes montrent néanmoins que logement, représentation et activité religieuse pouvaient déjà être associés. Leur intérêt comparatif tient ainsi à la diversité des espaces et à la longue durée des aménagements.

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