Les grottes d’Udayagiri et de Khandagiri sont deux ensembles de cavités excavées dans des collines voisines situées à Bhubaneswar, dans l’État indien de l’Odisha. Regroupant un total de plus de trente grottes, elles présentent un intérêt archéologique majeur et témoignent de pratiques spirituelles anciennes. La proximité géographique et la complémentarité historique des deux sites en font un lieu souvent étudié et visité comme un ensemble. Leur aménagement remonte à l’époque préclassique et reflète l’importance religieuse et culturelle de la région.
Bhubaneswar • Grottes Udayagiri et Khandagiri
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Profil du monument
Grottes Udayagiri et Khandagiri
Catégorie de monuments: Sanctuaire rupestre
Famille de monuments: Sanctuaire Rupestre et Bas-reliefs Monumentaux
Genre de monuments: Religieux
Héritage culturel: Jain
Situation géographique: Bhubaneswar • Odisha • Inde
Période de construction: 1er siècle avant Jésus Christ
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Architecture • Monuments rupestres : Temples et grottes taillés dans la roche en Inde
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Bhubaneswar • Grottes jaïn Udayagiri et Khandagiri
Les grottes d’Udayagiri et de Khandagiri : un témoignage de l’architecture jaïne sous la dynastie des Mahameghavahana
Les grottes d’Udayagiri et de Khandagiri constituent l’un des plus anciens complexes monastiques jaïns de l’Inde. Situées dans la périphérie de Bhubaneswar, dans l’actuel État d’Odisha, elles offrent un témoignage précieux sur les ambitions religieuses et politiques du royaume de Kalinga à la fin du IIIᵉ siècle avant notre ère. Leur origine est étroitement liée à la dynastie des Mahameghavahana et à la figure du roi Kharavela, dont les actions sont connues par une inscription majeure gravée dans l’une des grottes.
Contexte politique et social de la construction
Au IIIᵉ siècle av. J.-C., le territoire de Kalinga, qui correspond en grande partie à l’actuel Odisha, était une région stratégique située entre les royaumes du nord de l’Inde (notamment Magadha) et les dynasties du Deccan. Le traumatisme causé par la conquête de Kalinga par Ashoka vers 261 av. J.-C., événement largement documenté dans les édits de ce dernier, a eu un effet durable sur la conscience politique de la région. L’un des effets indirects de cette conquête fut la réaffirmation de l’identité régionale et religieuse du Kalinga dans les décennies suivantes.
C’est dans ce contexte qu’émerge la figure du roi Kharavela, issu de la dynastie des Mahameghavahana. Bien que les sources demeurent rares en dehors de l’inscription d’Hathigumpha (la grotte de l’Éléphant), ce souverain semble avoir entrepris une politique ambitieuse de reconstruction nationale, combinant affirmation militaire, reconstruction culturelle et promotion du jaïnisme comme vecteur d’unité et de légitimité.
La construction des grottes répond à une triple logique :
• Offrir un espace monastique taillé dans la roche pour les ascètes jaïns.
• Affirmer visiblement le rôle du souverain comme protecteur du dharma.
• Ancrer symboliquement sa domination dans le paysage par un projet architectural monumental.
Événements historiques majeurs
Le site est d’abord un haut lieu du jaïnisme. Kharavela y fait inscrire ses victoires, ses actes de mécénat et son attachement à la religion des Tîrthankaras. L’inscription d’Hathigumpha, gravée sur la paroi d’Udayagiri, constitue la principale source épigraphique sur son règne. Ce texte évoque notamment des campagnes militaires vers le sud et le nord de l’Inde, ainsi que le retour de statues saintes pillées autrefois par des souverains adverses.
Au fil des siècles, avec le déclin progressif du jaïnisme dans la région, le site connaît des phases de désaffection. Toutefois, certaines grottes, notamment Rani Gumpha, semblent avoir conservé un usage rituel, au moins partiel, même après la disparition du pouvoir royal jaïn.
Durant les périodes médiévales, alors que l’hindouisme réaffirme sa domination dans la région avec le développement des grands temples de Bhubaneswar (comme le Lingaraj), les grottes d’Udayagiri et Khandagiri sont partiellement intégrées dans une nouvelle logique religieuse ou simplement abandonnées. Leur redécouverte par les Britanniques au XIXᵉ siècle conduit à un regain d’intérêt, en particulier chez les épigraphistes.
Contexte mondial au moment de la construction
La période de construction des grottes, au IIᵉ siècle av. J.-C., correspond à une époque de foisonnement architectural dans le monde antique. En Inde, on retrouve des projets similaires dans les grottes bouddhistes d’Ajanta ou de Barabar, bien que ces dernières soient davantage liées à l’Empire Maurya et au bouddhisme.
Dans le monde méditerranéen, c’est l’époque hellénistique, marquée par la diffusion des cultures grecques et orientales. Des monuments taillés dans la roche, comme ceux de Petra en Arabie ou des nécropoles de Cappadoce, témoignent de tendances similaires dans d’autres civilisations : maîtrise de la pierre, sacralisation du paysage, inscription du pouvoir dans l’espace.
Ainsi, les grottes d’Udayagiri et Khandagiri s’intègrent dans un phénomène global de monumentalisation religieuse et politique à travers des architectures rupestres.
Transformations et évolution du site
Les grottes ont connu plusieurs usages au fil des siècles. Certaines ont été réutilisées à des fins rituelles, d’autres abandonnées, voire envahies par la végétation. Des traces de modifications postérieures sont visibles, comme des gravures secondaires, ou des extensions de niches.
À partir du XIXᵉ siècle, le site suscite l’intérêt des archéologues coloniaux, qui documentent les inscriptions et identifient les principales figures historiques. Le classement partiel des grottes comme site protégé marque une première étape vers la patrimonialisation.
Aujourd’hui, le site est intégré dans le tissu urbain de Bhubaneswar, au croisement de voies fréquentées et à proximité de nouveaux établissements religieux jaïns. Les grottes sont facilement accessibles, mais cette urbanisation a aussi altéré leur environnement d’origine.
Usage actuel et importance culturelle
Les grottes d’Udayagiri et de Khandagiri jouent un double rôle dans l’imaginaire collectif. Pour les jaïns, elles restent un lieu symbolique de mémoire et de piété, même si leur usage religieux est plus discret que celui de sanctuaires actifs. Pour la population locale et les visiteurs indiens, elles incarnent une fierté régionale et un héritage ancien de la ville de Bhubaneswar, bien antérieur à l’époque des grands temples hindous.
Le site est aussi intégré dans les itinéraires touristiques officiels de l’État d’Odisha et figure sur les brochures culturelles destinées aux écoles ou aux visiteurs étrangers. Les festivals jaïns occasionnels sur place, ainsi que les visites scolaires et les activités patrimoniales, renforcent son rôle dans la transmission de l’histoire régionale.
État de conservation et défis contemporains
L’état de conservation varie d’une grotte à l’autre. Les structures taillées dans la roche ont souffert des intempéries, de l’érosion et du manque d’entretien ponctuel. Certaines inscriptions sont partiellement effacées, et plusieurs sculptures sont endommagées.
Les principaux défis sont :
• Pression urbaine et empiètement des constructions modernes.
• Tourisme de masse sans contrôle, qui engendre des dégradations.
• Pollution atmosphérique qui attaque la pierre.
• Manque de sensibilisation du public local à la valeur historique du site.
Les autorités de l’ASI (Archaeological Survey of India) ont entamé plusieurs campagnes de restauration et de documentation, mais l’absence de classement au patrimoine mondial limite les financements et la reconnaissance internationale. Des propositions en ce sens ont toutefois été émises.
L’architecture des grottes d’Udayagiri et Khandagiri : formes rupestres et innovations jaïnes dans l’Inde ancienne
Le complexe des grottes d’Udayagiri et de Khandagiri, creusé dans deux collines voisines près de Bhubaneswar, représente l’un des plus anciens exemples d’architecture rupestre jaïne de l’Inde. Ces grottes excavées entre la fin du IIᵉ siècle et le début du Ier siècle av. J.-C., offrent un aperçu remarquable des techniques, des savoir-faire et des expressions stylistiques de l’ancienne Kalinga. Conjuguant fonction monastique et vocation politique, leur architecture témoigne à la fois d’innovations locales et d’un dialogue avec d’autres traditions artistiques indiennes de l’époque.
Innovations technologiques et architecturales
Les grottes ont été taillées directement dans le grès des collines, ce qui implique une planification rigoureuse et une compréhension fine du matériau. La méthode utilisée reposait sur le creusement progressif par dégagement depuis la façade vers l’intérieur, ce qui permettait une vision d’ensemble dès le départ et minimisait les risques d’effondrement. Ce type de taille négative exigeait un travail extrêmement précis, notamment pour conserver l’alignement des parois, la symétrie des ouvertures et l’inclinaison des plafonds.
Certaines grottes comme Rani Gumpha (la grotte de la reine), la plus vaste du site, montrent une superposition de deux niveaux creusés dans la même masse rocheuse, reliés par des escaliers intégrés. Ce choix architectural était rare à l’époque et démontre une maîtrise avancée du relief et de la stabilité structurelle.
Sur le plan fonctionnel, plusieurs grottes sont dotées de petites ouvertures latérales ou de fenêtres sculptées, assurant une ventilation naturelle et un éclairage diffus, bien avant l’introduction de techniques architecturales en maçonnerie pour ces fonctions. Cette intégration climatique témoigne d’un sens pragmatique de l’environnement.
La distribution spatiale des grottes autour des deux collines suit une logique presque orthogonale sur le versant d’Udayagiri, contrastant avec la disposition plus dispersée sur Khandagiri. Cette configuration permettait un accès aisé à chacune des cellules et facilitait la circulation des moines tout en maintenant l’isolement nécessaire à la méditation.
Matériaux et méthodes de construction
L’ensemble des grottes a été creusé dans un grès relativement homogène, présent naturellement sur les deux collines. Ce matériau, à la fois tendre à l’excavation et durable à l’érosion, a permis d’atteindre des formes précises sans nécessiter de revêtements complémentaires.
L’absence de blocs maçonnés ou de superstructures démontre une approche typiquement indienne de l’architecture rupestre, fondée sur la subtraction plutôt que sur l’addition. Ce procédé permettait de sculpter l’architecture et la décoration en une seule opération, conférant aux grottes une unité formelle.
La résistance de certaines sculptures, notamment les piliers décorés ou les frises figuratives, repose sur un travail de compensation des charges internes : les voûtes ont souvent une forme arquée naturelle, même si elles sont taillées dans le roc, imitant des formes de linteaux ou de charpentes en bois disparues.
Influences artistiques et traditions stylistiques
L’architecture des grottes combine des éléments typiques du jaïnisme ancien — austérité, cellules individuelles, absence d’images divines majeures dans les grottes primitives — avec des apports décoratifs plus raffinés, probablement inspirés par les traditions contemporaines du nord de l’Inde.
Des influences stylistiques sont visibles dans l’utilisation de piliers octogonaux à base carrée, similaires à ceux rencontrés dans les grottes bouddhistes de Barabar (Bihar) ou dans les sanctuaires de Sanchi. La présence de motifs végétaux, floraux et animaliers, parfois intégrés dans des frises narratives, témoigne d’un langage décoratif riche, emprunté partiellement à l’iconographie maurya puis shunga.
Des scènes sculptées, comme celles de Rani Gumpha, montrent des personnages en procession, des danseurs et des figures animales — paons, éléphants, lions — dans une composition dynamique, caractéristique de la sculpture de la région à cette époque. Ces représentations ont une fonction à la fois narrative et symbolique, intégrant des valeurs de protection, de royauté et de spiritualité.
Organisation et structure des grottes
Le site compte 33 grottes identifiées : 18 à Udayagiri et 15 à Khandagiri, bien que toutes ne soient pas entièrement conservées. Les grottes sont de taille variable, allant de simples cellules de méditation monacale à des structures plus complexes à plusieurs pièces, vestibules et terrasses.
Les plus élaborées, telles que Rani Gumpha, présentent :
• Une façade sculptée en relief, avec des balustrades continues.
• Des portiques avec colonnes sculptées en façade.
• Un double niveau d’accès, parfois avec un escalier interne.
• Des verandas latérales, servant à la fois d’espace de transition et de méditation collective.
Certaines grottes comportent des piédestaux ou plates-formes destinées à recevoir des statues ou des objets rituels, ce qui indique leur fonction cérémonielle. D’autres sont organisées en enfilade, avec des niches murales taillées pour le rangement ou l’affichage d’objets sacrés.
La distinction entre Udayagiri (plus monumentale, orientée vers les inscriptions officielles) et Khandagiri (plus modeste, centrée sur les cellules) reflète probablement une hiérarchie monastique, ou une division fonctionnelle entre les moines et les initiés.
Dimensions et anecdotes notables
Parmi les grottes les plus notables :
• Rani Gumpha s’étend sur une largeur d’environ 30 mètres, avec deux niveaux comprenant au total une dizaine de cellules et salles rituelles.
• Hathigumpha, célèbre pour son inscription, possède une voûte semi-circulaire de près de 4 mètres de profondeur.
Une anecdote souvent mentionnée est que l’inscription d’Hathigumpha, gravée par le roi Kharavela, a longtemps été mal interprétée par les premiers épigraphistes britanniques en raison de l’érosion du texte. Ce n’est qu’au XXe siècle que sa lecture a été stabilisée, révélant la richesse historique du site.
Reconnaissance architecturale et enjeux de conservation
L’architecture du complexe est aujourd’hui considérée comme un prototype de l’architecture jaïne rupestre, influençant les sites ultérieurs dans le centre et le sud de l’Inde. Il s’agit aussi d’un modèle de transition entre les premiers abris austères et les formes architecturales élaborées des temples jaïns médiévaux.
Le site est protégé par l’Archaeological Survey of India (ASI), mais n’a pas encore obtenu le statut de patrimoine mondial, bien qu’il figure sur la liste indicative de l’UNESCO. Ce manque de reconnaissance limite les ressources disponibles pour la conservation.
Les principales menaces sont :
• L’altération de la roche par les moussons et l’humidité.
• La croissance urbaine rapide autour du site, qui isole certaines grottes et complique l’accès.
• L’impact du tourisme non encadré, notamment les graffitis modernes ou les actes de vandalisme mineurs.
Des campagnes de documentation numérique, de nettoyage et de restriction de l’accès à certaines sections sensibles ont été initiées, mais les besoins dépassent largement les moyens actuels.
L’ensemble formé par les grottes d’Udayagiri et de Khandagiri constitue un jalon essentiel dans l’évolution de l’architecture rupestre de l’Inde. Par sa diversité de formes, son intégration dans le paysage et la complexité de son symbolisme, ce site offre une lecture riche de l’art jaïn ancien et des expérimentations architecturales de l’époque préclassique.

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