La ville souterraine de Kaymakli, située en Cappadoce en Turquie, constitue l’un des ensembles souterrains les plus connus de la région. Creusé dans la roche volcanique tendre, ce vaste réseau comprend plusieurs niveaux reliés par des couloirs, salles et espaces fonctionnels. Il témoigne de la capacité des populations anciennes à adapter leur mode de vie aux contraintes du milieu et aux besoins de sécurité. Aujourd’hui, Kaymakli figure parmi les sites majeurs visités en Cappadoce. Il permet de mieux comprendre l’organisation des établissements souterrains et l’ingéniosité développée dans cette partie de l’Anatolie centrale.
Cappadoce • La ville souterraine de Kaymakli
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Profil du monument
La ville souterraine de Kaymakli
Catégorie de monuments: Habitats et Salles Troglodytiques
Famille de monuments: Archéologique
Genre de monuments: Site archéologique
Situation géographique: Cappadoce • Turquie
Période de construction: avant le 6ème siècle avant Jésus Christ
Ce site naturel à Cappadoce est inscrit sur la Liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1985 et fait partie du site en série "Göreme National Park and the Rock Sites of Cappadocia".Voir les sites naturels UNESCO présentés sur le site
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Évolution historique de la ville souterraine de Kaymaklı en Cappadoce
Origines du creusement et premiers aménagements
La ville souterraine de Kaymaklı se situe dans la partie méridionale de la Cappadoce, au sein d’un paysage volcanique formé de tufs tendres particulièrement favorables au creusement. Le site ne correspond pas à une construction réalisée en une seule campagne, mais à un ensemble développé progressivement par extensions successives. Les premières cavités exploitées pourraient remonter à l’Antiquité ancienne, peut-être avant la période classique, mais les phases initiales demeurent difficiles à dater avec précision en l’absence d’inscriptions fondatrices ou de chronologie stratigraphique complète.
Le développement du site répond à des besoins pratiques clairement identifiables. La roche locale permettait de créer rapidement des espaces frais en été, relativement tempérés en hiver, et protégés des intempéries. Les premiers volumes ont probablement servi au stockage agricole, à l’abri des récoltes et à l’hébergement temporaire. À mesure que les aménagements progressaient, ces fonctions se sont combinées avec une logique défensive plus marquée.
Kaymaklı se distingue d’emblée par une organisation pensée pour la circulation interne. Les couloirs inclinés relient plusieurs niveaux, tandis que certaines zones ont été élargies en salles collectives. L’architecture souterraine révèle une planification pragmatique : adaptation aux contraintes du sous-sol, ventilation, contrôle des accès et séparation des fonctions domestiques ou économiques.
Expansion antique et usage défensif durable
Entre l’époque hellénistique, la domination romaine puis l’Antiquité tardive, le complexe a vraisemblablement connu des agrandissements majeurs. La Cappadoce occupait alors une position stratégique entre Anatolie intérieure, Syrie et plateaux orientaux. Dans ce contexte, disposer d’espaces refuges capables d’accueillir temporairement une population locale représentait un avantage concret.
Kaymaklı comprend des portes circulaires en pierre destinées à obturer certains passages, dispositif caractéristique des établissements souterrains cappadociens. Ces blocs roulants ne constituaient pas un système militaire élaboré au sens monumental, mais une réponse efficace à des incursions rapides ou à des périodes d’insécurité. Le réseau permettait de compartimenter les niveaux et de ralentir toute progression extérieure.
Les espaces identifiés incluent réserves, zones de préparation alimentaire, écuries, celliers et pièces de vie. Leur présence indique que le site pouvait fonctionner sur une durée limitée en période de crise. Kaymaklı ne fut probablement pas une ville souterraine habitée en permanence par l’ensemble de la population, mais plutôt un refuge complexe complétant les habitats de surface voisins.
L’extension verticale et horizontale du site témoigne aussi d’une adaptation continue. De nouveaux volumes furent ajoutés selon les besoins démographiques, les menaces perçues ou l’évolution des techniques de creusement.
Période byzantine et transformations médiévales
La phase la mieux documentée d’utilisation intensive se situe généralement entre l’époque byzantine moyenne et la fin du Moyen Âge. La Cappadoce fut alors exposée à diverses tensions régionales, notamment des raids et des conflits affectant l’Anatolie orientale et centrale. Dans ce cadre, les réseaux souterrains de la région, dont Kaymaklı, retrouvèrent ou conservèrent une fonction de protection communautaire.
Certaines parties du complexe montrent une organisation plus développée des espaces résidentiels et de stockage, signe d’un usage répété plutôt que strictement exceptionnel. Des zones cultuelles modestes ont également été signalées dans l’ensemble cappadocien, même si Kaymaklı est moins célèbre sur ce point que d’autres sites rupestres comme Göreme.
Après l’installation du pouvoir seldjoukide puis ottoman en Anatolie, l’usage défensif du complexe diminua progressivement. Les structures de surface, les nouvelles formes d’organisation territoriale et l’évolution des conditions de sécurité réduisirent la nécessité d’un refuge souterrain de grande ampleur. Le site ne fut cependant pas abandonné brutalement : certaines cavités continuèrent probablement à servir de réserves, d’abris ou d’espaces utilitaires.
Redécouverte moderne, ouverture au public et conservation
Comme plusieurs complexes souterrains de Cappadoce, Kaymaklı entra dans une nouvelle phase au XXe siècle avec l’essor des recherches archéologiques et du tourisme patrimonial. Le dégagement progressif de galeries, la sécurisation des parcours et l’étude des systèmes internes ont permis de rendre visitable une partie du réseau. Tous les niveaux supposés ne sont pas accessibles, tant pour des raisons de stabilité que de conservation.
Kaymaklı est aujourd’hui l’un des sites les plus fréquentés de Cappadoce. Son intérêt réside moins dans un décor monumental que dans la lisibilité d’un mode d’organisation souterrain complet : circulation, stockage, fermeture des passages, ventilation et hiérarchie des espaces. Le site permet d’observer concrètement comment des communautés ont exploité la géologie locale pour répondre à des besoins successifs.
La conservation pose plusieurs défis : fragilité du tuf, humidité variable, abrasion liée au passage des visiteurs et nécessité de maintenir des conditions de sécurité dans des espaces étroits. Les interventions contemporaines cherchent donc à concilier accès public et préservation du tissu rocheux ancien.
Kaymaklı fait partie du bien inscrit en 1985 sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO sous le nom officiel Parc national de Göreme et sites rupestres de Cappadoce.
Contexte historique mondial
Les premières phases possibles de Kaymaklı se situeraient à une époque où les royaumes hittites dominaient une partie de l’Anatolie et où l’Égypte du Nouvel Empire connaissait son apogée. Les grands centres mésopotamiens restaient alors des pôles politiques majeurs. Les phases d’extension byzantines furent contemporaines de l’Empire carolingien en Europe occidentale, du califat abbasside au Proche-Orient et de la dynastie Tang puis Song en Chine selon les périodes concernées.
Configuration souterraine et organisation spatiale de la ville de Kaymaklı
Implantation géologique et logique d’ensemble
La ville souterraine de Kaymaklı est creusée dans les formations de tuf volcanique de la Cappadoce méridionale. Ce matériau tendre à l’extraction, mais suffisamment stable lorsqu’il demeure sec, a permis la création d’un vaste ensemble excavé sans recours à une maçonnerie monumentale dominante. L’architecture du site repose donc d’abord sur la transformation du sous-sol existant plutôt que sur l’élévation de volumes bâtis. La surface visible correspond à un tissu villageois contemporain et historique, tandis que l’essentiel de la composition architecturale se développe en profondeur.
Le complexe s’organise autour de plusieurs niveaux superposés reliés par des circulations verticales et obliques. Tous les espaces connus ne sont pas ouverts au public, mais les zones accessibles révèlent une planification progressive fondée sur l’agrandissement de noyaux initiaux. Contrairement à un plan symétrique conçu d’un seul tenant, Kaymaklı présente un réseau évolutif, avec ramifications, rétrécissements et élargissements successifs. Cette morphologie n’est pas aléatoire : elle résulte d’une adaptation constante à la qualité de la roche, aux besoins fonctionnels et aux impératifs de défense.
L’entrée actuelle donne accès à des galeries descendant par paliers. Les circulations ne cherchent pas l’axe monumental ni la perspective longue. Elles privilégient les changements de direction, les passages contrôlés et les seuils successifs. L’effet spatial repose sur la compression et la détente : couloirs bas ou étroits débouchant sur des salles plus vastes. Cette alternance constitue l’un des principes architecturaux majeurs du site.
Techniques de creusement et maîtrise structurelle
Kaymaklı a été obtenu par excavation directe de la roche. Les parois portent encore, par endroits, des traces d’outils et des surfaces régularisées. Le travail a consisté à retirer la matière en conservant des masses porteuses suffisantes pour soutenir plafonds et niveaux supérieurs. L’architecture souterraine dépend ici de la lecture empirique des contraintes mécaniques du tuf : excaver sans fragiliser, élargir sans provoquer d’effondrement, ménager des piliers naturels lorsque la portée l’exige.
Les plafonds adoptent plusieurs formes. Certains passages sont couverts de voûtes naturelles issues du creusement arrondi de la roche ; d’autres présentent des profils plus plats lorsque la section reste réduite. Dans les pièces plus larges, la hauteur varie selon la fonction présumée. Les zones de circulation imposent parfois une posture inclinée, tandis que certaines salles de stockage ou de réunion offrent un volume plus généreux.
Les marches et rampes sont directement taillées dans le sol rocheux. Leur pente parfois irrégulière traduit l’ajustement au relief interne plutôt qu’une recherche de standardisation. Les escaliers étroits limitent naturellement le flux de circulation et facilitent le contrôle des accès. Les angles vifs sont rares ; les raccords entre parois, sols et plafonds sont souvent adoucis par le creusement.
L’absence d’ornementation architecturale développée constitue une caractéristique notable. Les surfaces ne sont pas destinées à la représentation monumentale mais à l’efficacité d’usage. L’expression formelle du site provient de la matière excavée, des volumes obtenus et du contraste entre pénombre et ouvertures limitées.
Distribution interne et hiérarchie des espaces
Kaymaklı présente une répartition fonctionnelle lisible. Les premiers niveaux comprennent généralement les espaces les plus accessibles : zones de stockage, écuries probables, pièces de service et secteurs liés à l’approvisionnement. La proximité relative de la surface facilitait l’entrée des personnes, des animaux et des denrées. Les niveaux plus profonds accueillaient des espaces plus protégés, plus frais et plus difficiles d’accès.
Les salles destinées au stockage se reconnaissent à leurs volumes réguliers, à la présence de niches, de banquettes rocheuses ou d’emplacements pouvant recevoir jarres et réserves. Certaines cavités latérales, de petites dimensions, ont pu servir à conserver produits agricoles ou outils. La constance thermique du sous-sol renforçait l’utilité de ces espaces.
Les zones résidentielles ou de séjour temporaire présentent des pièces plus développées, parfois articulées autour d’élargissements centraux. Des banquettes taillées dans la roche, des plateformes et des niches murales suggèrent des usages domestiques variés. L’organisation ne reproduit pas une maison de surface de manière stricte ; elle transpose les besoins essentiels dans un environnement excavé.
La circulation interne suit une logique de séquençage. Chaque niveau comporte des passages secondaires, parfois assez étroits pour imposer le passage en file. Des embranchements permettent de desservir des cellules annexes tout en maintenant un axe principal. Cette structure favorise la compartimentation du site : une section pouvait être isolée sans condamner l’ensemble.
Les puits verticaux et conduits traversant plusieurs niveaux remplissent des fonctions multiples. Certains servaient à l’aération, d’autres à l’approvisionnement en eau ou à la communication interne. Leur présence montre que la ville souterraine ne se limite pas à un empilement de pièces, mais relève d’une infrastructure technique organisée.
Dispositifs défensifs et contrôle des accès
L’un des éléments les plus connus de Kaymaklı est l’usage de lourdes portes circulaires en pierre. Ces disques, taillés séparément puis positionnés à l’entrée de certains couloirs, pouvaient rouler latéralement pour obturer un passage. Leur diamètre important et leur épaisseur en faisaient des obstacles efficaces dans des circulations déjà resserrées. Une petite ouverture centrale permettait probablement l’observation, l’échange limité ou la ventilation.
Leur implantation n’est pas systématique à chaque seuil, mais ciblée sur des points stratégiques. L’architecture défensive repose donc sur la combinaison de plusieurs facteurs : couloirs étroits, pentes, angles, succession de portes et connaissance interne du réseau. Le site transforme la géométrie du souterrain en moyen de protection.
Les entrées originelles de surface étaient vraisemblablement plus nombreuses que les accès visibles aujourd’hui. Certaines ont disparu, ont été comblées ou intégrées aux constructions ultérieures. Cette multiplicité contrôlée permettait des sorties alternatives tout en conservant la discrétion nécessaire. L’architecture extérieure jouait probablement un rôle d’effacement : accès modestes, peu monumentalisés, insérés dans l’habitat.
Transformations, lisibilité actuelle et conservation
Kaymaklı a connu des phases répétées d’agrandissement et de réaménagement. Certaines salles furent élargies, d’autres subdivisées ou réaffectées. Les différences de finition des parois, de largeur des couloirs et de cohérence spatiale témoignent de campagnes de creusement non simultanées. Le site doit donc être lu comme une architecture cumulative.
L’ouverture au public a nécessité des interventions contemporaines : stabilisation de certains plafonds, éclairage, balisage, sécurisation des marches et limitation des zones accessibles. Ces ajouts restent généralement discrets afin de préserver la perception des volumes originels. Le parcours actuel sélectionne des secteurs représentatifs tout en excluant les parties les plus fragiles ou trop complexes.
Les enjeux de conservation concernent principalement la stabilité du tuf, sensible à l’humidité, aux vibrations et à l’usure mécanique. Le passage répété des visiteurs polit les sols, modifie localement les microclimats et accroît la nécessité d’un contrôle constant. La préservation architecturale de Kaymaklı repose donc moins sur la restauration décorative que sur la gestion des équilibres physiques internes.
L’intérêt architectural majeur du site réside dans cette capacité à transformer un matériau tendre en système habitable complet : stockage, circulation, défense, ventilation et refuge intégrés dans une seule structure souterraine continue.

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