Le mausolée de Qazi Zadeh Rumi est un monument funéraire situé dans l’ensemble de Shah-i-Zinda, à Samarcande, en Ouzbékistan. Reconnaissable à ses deux coupoles, il appartient au patrimoine islamique de la ville. Son nom fait référence au savant Qazi Zadeh Rumi, mais cette désignation ne constitue pas une identification certaine de la personne inhumée. Le bâtiment fait partie du parcours de visite de la nécropole, qui rassemble plusieurs mausolées et lieux de prière. Il est compris dans le site « Samarcande – carrefour de cultures », inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 2001.
Mausolée de Qazi Zadeh Rumi
Architecture • Mausolées : Mausolées musulmans
Le mausolée de Qazi Zadeh Rumi : une attribution remise en question
Une fondation timouride de datation incertaine
Le monument connu sous le nom de mausolée de Qazi Zadeh Rumi se trouve près de l’entrée méridionale de Shah-i-Zinda, à Samarcande. Il appartient aux constructions funéraires timourides du XVe siècle, mais sa date précise demeure discutée. Certaines notices le situent vers 1420 ou dans les années 1420-1430 ; d’autres proposent une construction peu après l’aménagement de l’entrée voisine par Oulough Beg, en 1434-1435.
Ces divergences tiennent notamment à l’absence de documents historiques permettant de fixer sa fondation. L’inscription de construction n’est conservée que par fragments. La chronologie repose donc sur l’étude du bâtiment, de son décor et de ses rapports avec les aménagements voisins. Ni l’identité du commanditaire ni les circonstances exactes de la commande ne sont établies avec certitude.
Des identifications successives
L’appellation actuelle associe le mausolée à Qazi Zadeh Rumi, mathématicien et astronome lié aux travaux scientifiques d’Oulough Beg. Cette attribution s’est diffusée dans les publications soviétiques à partir des années 1940. Elle ne repose toutefois pas sur une inscription funéraire identifiant le savant dans le monument.
Une autre tradition attribuait auparavant l’édifice à la nourrice de Tamerlan, appelée Ouldja Aïm, et à sa fille Bibi Zaynab. Cette identification était courante au début du XXe siècle, mais aucun témoignage contemporain connu ne confirme leur association au bâtiment. Les différentes dénominations reflètent ainsi l’histoire des interprétations du mausolée plutôt qu’une succession de propriétaires démontrée.
La désignation descriptive de « mausolée à deux coupoles », ainsi que celle de « mausolée anonyme III », permet de distinguer le monument sans présenter une attribution traditionnelle comme un fait acquis.
Les recherches archéologiques et la fonction funéraire
L’étude de la crypte, menée dans les années 1970, a remis en cause l’identification au tombeau de Qazi Zadeh Rumi. Les recherches ont révélé une sépulture féminine, attribuée à une femme d’environ trente à trente-cinq ans. Cette découverte contredit l’attribution de cette tombe à l’astronome, sans fournir pour autant le nom de la défunte.
Une étude publiée en 1981 examine également une inscription faisant référence à une « mère de sultan ». Cette formule ne suffit cependant pas à identifier une personne précise. Les propositions de rattachement à différentes femmes de l’entourage timouride restent donc hypothétiques.
L’organisation du monument distingue une chambre funéraire et une salle destinée à la visite pieuse et à la prière. Elle documente l’association entre sépulture et commémoration, mais ne permet pas de reconstituer les pratiques propres à cette fondation ni leur évolution détaillée.
Conservation et reconnaissance patrimoniale
Le monument conserve des éléments de décor, tandis que certaines surfaces ont été restaurées. Les panneaux inférieurs de carreaux hexagonaux comprennent notamment des restitutions fondées sur les vestiges anciens. Son état visible associe donc des parties conservées et des interventions de restauration.
Le mausolée appartient à l’ensemble de Shah-i-Zinda, compris dans le bien « Samarcande – carrefour de cultures », inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2001. Cette reconnaissance concerne le site auquel il appartient, sans constituer une inscription individuelle du bâtiment.
Repères contemporains dans le monde
Durant les décennies envisagées pour sa construction, la Chine des Ming poursuit les expéditions maritimes de Zheng He, achevées en 1433. En France, Jeanne d’Arc participe à la levée du siège d’Orléans en 1429. À Florence, la coupole de la cathédrale est construite sous la direction de Brunelleschi entre 1420 et 1436.
Le mausolée de Qazi Zadeh Rumi : deux salles sous de hautes coupoles
Implantation et organisation des accès
Le mausolée de Qazi Zadeh Rumi se trouve dans la partie basse de Shah-i-Zinda, à l’ouest du départ de l’escalier qui gravit l’ancien rempart d’Afrasiab. Cette position en contrebas explique le rôle visuel de ses hauts tambours : ils élèvent les coupoles jusqu’à une hauteur proche de celle des monuments établis plus haut sur le parcours. La silhouette associe ainsi deux volumes verticaux à une implantation directement liée à la pente.
L’entrée principale est aménagée au sud, dans un portail plus développé que l’accès secondaire oriental, tourné vers l’axe de circulation de la nécropole. Cette double orientation articule une façade d’entrée et une liaison latérale avec le parcours de Shah-i-Zinda. Le bâtiment ne se présente donc pas comme une chambre funéraire accessible par une seule ouverture : ses accès desservent une composition comprenant plusieurs espaces aux fonctions distinctes.
Deux chambres aux fonctions différenciées
Le plan réunit une grande salle de visite pieuse et de prière, appelée ziyarat-khana, et une chambre funéraire plus petite, ou gur-khana. Les deux pièces sont contiguës et possèdent chacune leur propre couverture. Leur organisation intérieure est cruciforme, les niches prolongeant les espaces centraux dans plusieurs directions. Dans la grande salle, quatre petites pièces occupent les angles, complétant un dispositif plus complexe que ne le suggère la simple juxtaposition des deux coupoles extérieures.
Les parois de la salle commémorative sont organisées par de larges arcatures aveugles. Ces renfoncements donnent de la profondeur aux murs et délimitent les différentes branches du plan intérieur. La chambre funéraire contient un aménagement sépulcral à degrés, désigné comme une sagana. Celui-ci occupe l’espace de commémoration au-dessus de la sépulture souterraine ; il doit être distingué de la crypte proprement dite, située sous le niveau de la salle.
Structure des coupoles et éclairage
Chaque chambre est surmontée d’une coupole à double enveloppe, dont la silhouette extérieure s’élève sur un haut tambour. Ce dispositif dissocie le plafond visible depuis la salle du couronnement extérieur. La construction associe ainsi des espaces intérieurs relativement contenus à des volumes de toiture fortement étirés. Les deux couvertures correspondent aux deux salles du plan et rendent leur association immédiatement lisible depuis les abords du mausolée.
Dans la salle de commémoration, la lumière pénètre par des ouvertures disposées dans le tambour, au-dessus des grandes arcatures murales. Dans la chambre funéraire, les transitions vers la couverture comportent des éléments alvéolaires en muqarnas. Quatre demi-coupoles ornées de ce relief conduisent à la composition centrale du plafond. Le passage entre les parois et la coupole est donc traité comme un ensemble de surfaces articulées, plutôt que comme une simple jonction lisse.
Revêtements, peintures et parties restaurées
Le décor combine des surfaces peintes, des revêtements céramiques et des inscriptions intégrées aux volumes extérieurs. Les tambours portent des compositions coufiques réalisées par l’assemblage de briques et d’éléments émaillés, selon la technique banna’i. Des fragments de l’inscription de fondation subsistent sur des carreaux exécutés selon le procédé cuerda seca. Cette technique, qui sépare les couleurs par des lignes empêchant leur mélange à la cuisson, apparaît également dans certains éléments du décor des coupoles.
À l’intérieur, des traces de peinture bleue sur fond blanc subsistent sur les parois et dans le décor de la petite chambre. Les reliefs du plafond conservent notamment des vestiges de motifs peints. Le soubassement comprend des panneaux de carreaux hexagonaux sculptés, restitués à partir d’éléments anciens. L’état actuel présente donc des degrés de conservation différents : fragments originaux, peintures résiduelles et revêtements reconstitués ne constituent pas un décor intégralement préservé.

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