La mosquée Magoki-i-Attari est un édifice religieux islamique situé dans le centre historique de Boukhara, en Ouzbékistan. Occupant un site utilisé depuis de nombreux siècles, elle témoigne de la continuité de l’occupation urbaine et religieuse de la ville. Son nom est associé à l’ancien quartier des marchands de parfums qui l’entourait autrefois. Au fil du temps, le monument a accompagné les transformations du tissu urbain de Boukhara tout en conservant sa fonction religieuse. Aujourd’hui, il fait partie du centre historique inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO et demeure un élément représentatif du patrimoine islamique de la ville.
Profil du monument
Mosquée Magoki-i-Attari
Catégorie de monuments: Mosquée
Famille de monuments: Mosquée, Minaret ou Madrasa
Genre de monuments: Religieux
Héritage culturel: Islamique
Situation géographique: Bukhara • Ouzbékistan
Période de construction: 12ème siècle
Ce monument à Bukhara est inscrit sur la Liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1993 et fait partie du site en série "Historic Centre of Bukhara".Voir les monuments UNESCO présentés sur le site
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Bukhara, oasis sur la route de la soie • Ouzbékistan
La mosquée Magoki-i-Attari dans l’histoire religieuse et urbaine de Boukhara
Origines du site et fondation de la mosquée
La mosquée Magoki-i-Attari occupe un emplacement dont l’histoire est antérieure à l’arrivée de l’islam en Asie centrale. Les recherches archéologiques ont mis en évidence la présence d’un lieu de culte plus ancien associé aux communautés religieuses qui occupaient Boukhara avant l’islamisation de la région. Le site se trouvait dans une zone marchande active de la ville, fréquentée notamment par les commerçants spécialisés dans les parfums et les produits aromatiques, activité à laquelle le nom « Attari » est généralement rattaché.
Après la conquête arabe de la Transoxiane au VIIIᵉ siècle, l’ancien lieu de culte fut progressivement remplacé par une mosquée destinée aux populations converties à l’islam. Une première mosquée est attestée dès les IXᵉ et Xᵉ siècles, à une époque où Boukhara constituait l’un des principaux centres religieux et intellectuels du monde samanide. L’édifice jouait alors un rôle de mosquée de quartier au sein d’un secteur particulièrement animé du tissu urbain.
Cette première construction fut affectée par plusieurs destructions et reconstructions. Les sources mentionnent notamment un important incendie survenu en 937 qui endommagea de nombreux bâtiments de la ville. Les transformations successives du monument témoignent de l’évolution continue du quartier et de son adaptation aux changements urbains de Boukhara.
Reconstruction médiévale et évolution du monument
La phase la plus importante de l’histoire de la mosquée correspond à la reconstruction entreprise sous les Qarakhanides au XIIᵉ siècle. Cette campagne donna naissance à l’essentiel de l’édifice conservé aujourd’hui. La mosquée fut alors intégrée dans un environnement urbain dense constitué de marchés, d’ateliers et de zones commerciales qui occupaient une place importante dans l’économie de la ville.
Le monument présente une particularité liée à son implantation. Au fil des siècles, l’accumulation de couches urbaines et de remblais a progressivement relevé le niveau des rues environnantes. La mosquée s’est ainsi retrouvée située en contrebas du niveau actuel du sol, ce qui explique l’origine du terme « Magoki », souvent traduit par « dans la fosse » ou « en contrebas ».
Malgré les changements dynastiques qui affectèrent Boukhara, la mosquée conserva sa fonction religieuse. Son rôle différait de celui des grandes mosquées de congrégation ou des complexes monumentaux financés par les souverains. Elle demeura principalement un lieu de culte associé à la vie quotidienne du quartier et aux activités économiques qui l’entouraient.
Transformations sous les périodes postérieures
Les invasions mongoles du XIIIᵉ siècle provoquèrent d’importantes destructions dans la ville. La mosquée semble toutefois avoir survécu en partie à ces événements, même si des réparations et réaménagements furent nécessaires au cours des siècles suivants. Plusieurs campagnes de restauration et d’entretien furent entreprises sous différentes dynasties afin de maintenir le bâtiment en usage.
Au XVIᵉ siècle, durant la période chaybanide, des travaux importants furent réalisés. L’ajout d’un portail oriental et diverses interventions contribuèrent à adapter le monument aux besoins de son époque tout en préservant les parties les plus anciennes de la structure. Ces modifications expliquent la coexistence d’éléments appartenant à plusieurs périodes historiques.
Sous l’émirat de Boukhara, la mosquée continua à fonctionner comme lieu de culte. Contrairement à certains complexes plus vastes associés à l’enseignement religieux, elle conserva principalement sa vocation communautaire. Son intégration dans un quartier commerçant contribua à maintenir une fréquentation régulière pendant plusieurs siècles.
La période soviétique entraîna une réduction importante des activités religieuses dans la région. Comme de nombreux édifices cultuels d’Asie centrale, la mosquée connut une réaffectation temporaire. Son intérêt historique et archéologique favorisa cependant sa préservation, évitant les destructions qui affectèrent certains autres bâtiments religieux.
Contexte historique mondial
La reconstruction principale de la mosquée au XIIᵉ siècle est contemporaine du développement des grandes cathédrales romanes en Europe occidentale. Cette période correspond également à l’essor des États seldjoukides au Moyen-Orient. En Chine, la dynastie Song dirige alors un vaste empire caractérisé par un important développement urbain et commercial. Dans le sous-continent indien, plusieurs royaumes régionaux se partagent le pouvoir avant l’établissement du sultanat de Delhi.
Préservation, reconnaissance patrimoniale et rôle actuel
Au XXᵉ siècle, plusieurs campagnes archéologiques et restaurations permirent d’étudier les différentes phases de construction du monument. Ces travaux révélèrent l’ancienneté exceptionnelle du site ainsi que l’existence de structures antérieures à l’édifice visible aujourd’hui. Les interventions de conservation visèrent à préserver les éléments médiévaux tout en stabilisant les parties les plus fragiles.
Après l’indépendance de l’Ouzbékistan en 1991, la protection du patrimoine historique de Boukhara fut renforcée. La mosquée Magoki-i-Attari bénéficie désormais d’un statut patrimonial reconnu dans le cadre de la préservation du centre ancien de la ville.
Le monument fait partie du bien UNESCO « Centre historique de Boukhara », inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 1993. Cette inscription englobe l’ensemble du noyau historique de la ville et les principaux monuments qui témoignent de son développement au cours des siècles.
Aujourd’hui, la mosquée Magoki-i-Attari est considérée comme un témoin important de la continuité religieuse et urbaine de Boukhara. Son histoire reflète l’évolution d’un site de culte utilisé pendant plus d’un millénaire, ainsi que les transformations successives qui ont façonné l’une des plus anciennes villes d’Asie centrale.
La configuration architecturale de la mosquée Magoki-i-Attari
Implantation urbaine et organisation générale du monument
La mosquée Magoki-i-Attari se situe dans le centre historique de Boukhara, au sein d’un ancien quartier commerçant. Contrairement aux grands ensembles religieux organisés autour de vastes places ou de cours monumentales, elle s’insère dans un tissu urbain dense façonné par des siècles de constructions successives. Cette situation explique l’une de ses caractéristiques les plus remarquables : son niveau actuel se trouve nettement en contrebas des rues environnantes.
Cette particularité résulte de l’élévation progressive du sol urbain provoquée par les reconstructions successives de la ville. Les couches archéologiques accumulées autour du monument ont progressivement enseveli une partie de ses structures. L’accès à l’édifice nécessite aujourd’hui une descente depuis le niveau de circulation contemporain.
Le plan général demeure relativement compact. L’organisation repose sur une salle de prière associée à des espaces annexes regroupés autour d’un noyau central. Les dimensions de l’édifice correspondent à son rôle de mosquée de quartier plutôt qu’à celui d’une grande mosquée destinée aux assemblées importantes.
Les différentes campagnes de construction ont modifié la lecture du plan. Certaines parties appartiennent à des périodes distinctes et témoignent des adaptations successives imposées par l’évolution du quartier et des pratiques religieuses.
Structure porteuse, matériaux et techniques de construction
L’édifice est construit principalement en brique cuite. Les murs porteurs, particulièrement épais, supportent les charges des voûtes, des coupoles et des structures supérieures. Cette maçonnerie constitue l’élément essentiel de la stabilité du bâtiment.
Les fouilles ont montré que certaines parties reposent sur des fondations très anciennes intégrées aux reconstructions médiévales. Les bâtisseurs ont fréquemment réutilisé des structures existantes, créant un ensemble où plusieurs phases architecturales coexistent.
Les couvertures reposent sur des systèmes de voûtement en maçonnerie. Les charges sont réparties grâce à des arcs intégrés aux murs porteurs. Les espaces les plus importants utilisent des solutions permettant de franchir des portées relativement importantes avec un nombre limité de supports.
La brique joue également un rôle décoratif. Différents appareillages créent des effets visuels directement intégrés à la structure, associant fonction constructive et traitement ornemental.
Les restaurations du XXᵉ siècle ont cherché à préserver ces structures anciennes tout en consolidant les parties fragilisées par les mouvements du terrain et l’enfouissement progressif du monument.
Façades, volumes et organisation des espaces
L’élément architectural le plus remarquable est le portail méridional, considéré comme l’un des exemples les plus élaborés de décor en brique sculptée conservés à Boukhara. Cette façade constitue aujourd’hui la partie la plus visible et la mieux étudiée de l’édifice.
Le portail présente une composition symétrique organisée autour d’un grand arc central. Les surfaces sont animées par un réseau complexe de motifs géométriques réalisés directement dans la maçonnerie. Contrairement aux monuments plus tardifs dominés par les revêtements de céramique, l’effet décoratif repose ici essentiellement sur le travail de la brique.
Les proportions du portail recherchent un équilibre entre verticalité et stabilité. Niches, encadrements et panneaux décoratifs sont intégrés à une composition hiérarchisée qui met en valeur l’entrée principale.
Les volumes extérieurs demeurent relativement sobres. Une partie importante de la structure reste dissimulée sous le niveau actuel du sol, ce qui réduit son impact visuel depuis les rues voisines et accentue le contraste avec la richesse décorative du portail.
À l’intérieur, les espaces sont organisés selon une logique fonctionnelle adaptée à une mosquée de dimensions modestes. Les salles de prière occupent la partie centrale tandis que les espaces secondaires assurent les fonctions complémentaires nécessaires au fonctionnement du monument.
Décor architectural et particularités stylistiques
Le décor de la mosquée constitue l’un de ses principaux intérêts architecturaux. Les surfaces du portail présentent un travail élaboré de sculpture sur brique associant reliefs, motifs géométriques et compositions végétales stylisées. Cette ornementation appartient à une tradition largement développée en Asie centrale avant la généralisation des grands revêtements de céramique.
Les panneaux décoratifs sont organisés selon une hiérarchie rigoureuse. Les encadrements mettent en valeur les ouvertures tandis que les surfaces intermédiaires sont occupées par des réseaux de motifs répétitifs. Cette organisation produit un effet visuel riche malgré l’utilisation d’un matériau unique.
Certaines parties du décor intègrent également des inscriptions calligraphiques participant à la structuration des façades. Elles sont pleinement intégrées à la composition architecturale.
Les restaurations ont permis de conserver une grande partie de ces décors, même si certaines zones ont nécessité des consolidations limitées. Le portail est souvent considéré comme l’un des témoignages les plus complets de l’art décoratif qarakhanide conservé à Boukhara.
L’absence relative de grands revêtements polychromes distingue la mosquée de nombreux monuments plus tardifs. La qualité du travail de la brique demeure ici le principal vecteur de l’expression architecturale.
Conservation architecturale et préservation du monument
L’enfouissement progressif de la mosquée a longtemps contribué à la protection de certaines structures contre les transformations urbaines. Cette situation a toutefois entraîné des problèmes liés à l’humidité du sol et aux mouvements des maçonneries.
Les campagnes archéologiques du XXᵉ siècle ont permis de mieux comprendre les différentes phases de construction et de dégager certaines parties recouvertes par les niveaux urbains accumulés. Elles ont également révélé l’existence de structures plus anciennes sous l’édifice actuel.
Les restaurations ont concerné les maçonneries, les voûtes, les décors de brique sculptée et les zones affectées par les infiltrations. Une attention particulière a été portée au portail méridional afin de préserver les reliefs les plus fragiles.
Aujourd’hui, la mosquée conserve l’essentiel de ses caractéristiques historiques : son implantation en contrebas du niveau urbain moderne, son organisation spatiale compacte, sa structure en brique cuite et son remarquable décor sculpté. Intégrée au bien UNESCO « Centre historique de Boukhara », inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en 1993, elle constitue un témoignage exceptionnel des techniques de construction et des formes décoratives développées dans l’architecture islamique médiévale d’Asie centrale.

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