Le marché Cho Hoi An, situé dans la vieille ville de Hoi An au Vietnam, est un espace animé qui illustre le quotidien des habitants de cette ancienne cité marchande. Fréquenté dès l’aube, il rassemble commerçants et visiteurs autour d’étals regorgeant de produits locaux : fruits tropicaux, herbes aromatiques, poissons frais, épices et spécialités régionales. Au-delà de son rôle économique, il demeure un lieu d’échanges culturels et humains, où se perpétue l’esprit communautaire de la ville. Les parfums, les couleurs et l’agitation du marché reflètent l’identité vivante d’une cité où le commerce reste un art de vivre, entre traditions locales et ouverture au monde contemporain.
Hoi An • Marché Cho Hoi An
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Profil de la tradition
Marché Cho Hoi An
Catégorie de traditions: Marché local
Famille de traditions: Marchés et foires traditionnels
Genre de traditions: Commerce et créativité locale
Situation géographique: Hoi An • Vietnam
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Hoi An, un ancien port sur la route de la soie • Vietnam
Histoire de la tradition du Marché Cho Hoi An
Contexte politique et social de l’émergence
La tradition du marché Cho Hoi An trouve ses racines dans la longue histoire marchande du centre du Vietnam, où la ville de Hoi An — anciennement Faifo — s’imposa dès le XVe siècle comme un port majeur des échanges asiatiques. Située sur la rive de la rivière Thu Bon, elle bénéficiait d’un accès direct à la mer de Chine méridionale et d’une position privilégiée sur les routes commerciales reliant la Chine, le Japon, l’Inde et l’Asie du Sud-Est. Le marché s’est développé comme un espace permanent d’échanges au sein d’un tissu urbain conçu pour accueillir à la fois la population locale et les marchands étrangers.
Cette tradition émergea dans un contexte politique dominé par les seigneurs Nguyễn, dynastie qui contrôlait le sud du pays et encourageait activement le commerce maritime pour renforcer son autonomie économique face aux Trịnh du nord. Le marché constituait alors un instrument stratégique : il permettait de centraliser les taxes, de réguler les prix et de canaliser la richesse des échanges vers le pouvoir local. Mais il était aussi une institution communautaire, soutenue par les guildes professionnelles et les associations marchandes chinoises (Minh Hương), japonaises et vietnamiennes. Ces groupes garantissaient la qualité des produits, l’équité des transactions et la cohésion sociale.
Les rivalités entre communautés commerçantes étrangères — notamment entre Japonais et Chinois — donnèrent lieu à des réorganisations spatiales du marché. Les autorités Nguyễn durent instaurer un équilibre entre ouverture et contrôle, en maintenant une réglementation stricte sur les étals, les taxes et les horaires. Cette régulation politique, combinée à la diversité culturelle, posa les fondations d’une tradition durable où la négociation, la mesure et la confiance étaient aussi essentielles que la vente elle-même.
Événements historiques majeurs
Aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, le marché de Hoi An connut son apogée. Les navires étrangers affluaient dans le port, et les étals regorgeaient de produits venus d’horizons multiples : soieries, porcelaines, thés, bois précieux, mais aussi riz, fruits tropicaux et épices du Vietnam intérieur. Le marché devint le reflet matériel de la prospérité régionale. Cependant, la fermeture du Japon au commerce extérieur en 1639, suivie du déclin progressif des échanges chinois et de l’ensablement du fleuve, entraîna une lente régression.
Sous la domination coloniale française (XIXᵉ siècle), le marché fut maintenu, mais intégré dans une économie d’exportation tournée vers les plantations et le commerce maritime centralisé à Da Nang. Les autorités coloniales introduisirent une logique administrative plus rigide : horaires fixes, surveillance sanitaire et contrôle policier. Cette institutionnalisation modifia partiellement le fonctionnement traditionnel, sans en altérer l’esprit communautaire.
Pendant la guerre d’Indochine, puis celle du Vietnam, le marché de Hoi An fut un lieu de résistance passive : les échanges y persistaient malgré les pénuries et la surveillance militaire. Après la réunification en 1975, la collectivisation limita temporairement l’activité privée, mais le marché demeura un point d’approvisionnement essentiel. Avec les réformes économiques du Doi Moi à partir de 1986, il retrouva sa vitalité d’antan, devenant un symbole de la résilience et de l’adaptabilité des communautés locales.
Contexte mondial et comparaisons
Au moment de l’émergence de Cho Hoi An, les marchés ouverts jouaient un rôle comparable dans d’autres civilisations maritimes. En Asie, les bazars de Perse et les marchés de Malacca ou d’Ayutthaya remplissaient des fonctions similaires : régulation des échanges, structuration urbaine et diffusion culturelle. En Europe, les foires médiévales de Champagne ou de Bruges partageaient cette vocation de carrefour économique et diplomatique. Hoi An, comme ces grands centres, fut une interface entre commerce local et mondialisation préindustrielle.
La différence fondamentale résidait dans la pluralité culturelle du marché vietnamien. Alors que les marchés européens étaient régis par des chartes urbaines, Cho Hoi An fonctionnait selon des usages communautaires non écrits, où la parole valait contrat. Les influences confucéennes, bouddhiques et animistes coexistaient : on priait pour la prospérité, on bénissait les balances et on honorait les divinités protectrices du commerce. Ce syncrétisme culturel donna au marché une dimension spirituelle, absente de nombreux marchés occidentaux.
Transformations et continuités
La tradition du marché Cho Hoi An a évolué sans rupture totale. Si la nature des produits a changé, la logique communautaire demeure. Jadis dominé par les échanges de produits agricoles et artisanaux, le marché s’est adapté à la demande touristique contemporaine : fruits tropicaux, lanternes, vêtements, épices et souvenirs remplacent en partie les denrées de base. Toutefois, les pratiques fondamentales — négociation verbale, entraide, stabilité des emplacements familiaux — persistent.
Les mutations économiques ont entraîné l’apparition de nouvelles catégories d’acteurs : grossistes, restaurateurs et artisans d’art ont pris place aux côtés des commerçants traditionnels. Les femmes, toujours majoritaires, conservent un rôle central. Elles incarnent la mémoire collective de la cité et transmettent les savoir-faire de génération en génération. Les changements technologiques — balances électroniques, moyens de paiement modernes — n’ont pas aboli la dimension humaine de l’échange, mais l’ont réinterprétée.
Rôle contemporain et importance culturelle
Aujourd’hui, le marché Cho Hoi An est à la fois un espace économique, social et identitaire. Pour les habitants, il reste un lieu de vie quotidienne, de rencontre et de transmission orale. Pour les visiteurs, il représente un patrimoine vivant, témoin d’une culture du commerce fondée sur la convivialité et la transparence. Les interactions entre vendeurs et acheteurs dépassent la transaction : elles reproduisent une sociabilité héritée du passé, où la parole, le geste et le regard assurent la confiance.
La tradition du marché participe activement à la construction de l’identité locale et nationale. Elle illustre la continuité d’un mode d’échange asiatique basé sur l’équilibre et la modération. Le marché devient aussi un outil diplomatique : vitrine culturelle du Vietnam, il attire chercheurs, cinéastes et voyageurs en quête d’authenticité. Son intégration dans le site classé au patrimoine mondial par l’UNESCO en 1999 a renforcé sa visibilité et sa valeur symbolique.
Préservation et défis contemporains
La patrimonialisation de Hoi An a paradoxalement fragilisé le marché. L’afflux touristique a modifié la dynamique interne : certaines pratiques se standardisent, les prix se figent, et les produits locaux laissent place à des marchandises destinées aux visiteurs. Les jeunes générations, attirées par des emplois plus stables ou numériques, délaissent parfois la vente traditionnelle. L’urbanisation rapide et la pression immobilière menacent aussi l’équilibre spatial du quartier.
Pour contrer ces tendances, la municipalité et diverses ONG ont mis en place des programmes de valorisation du commerce local : rénovation des structures couvertes, campagnes de sensibilisation sur la qualité des produits, formation des jeunes aux métiers du marché. Ces initiatives visent à préserver non seulement l’activité économique, mais surtout la dimension culturelle et sociale du lieu.
La tradition du marché Cho Hoi An illustre la capacité d’une communauté à adapter un héritage séculaire aux réalités contemporaines. Elle incarne une continuité entre passé et présent, où la mémoire collective, l’éthique marchande et la convivialité demeurent les véritables fondements d’une culture urbaine durable.
Caractéristiques de la tradition du Marché Cho Hoi An
Origine et contexte d’émergence
La tradition du marché Cho Hoi An s’inscrit dans la continuité d’une organisation marchande née au carrefour des routes fluviales et maritimes du centre du Vietnam. Hoi An, ancienne cité portuaire, fut dès le XVe siècle un centre d’échanges où se mêlaient les influences vietnamiennes, chinoises, japonaises et plus tard européennes. Le marché n’est pas apparu comme un simple lieu d’achat, mais comme un espace de régulation sociale et d’expression communautaire. Dans une région où le commerce constituait le cœur de la vie économique, la création du marché répondit à une double nécessité : organiser la distribution des denrées locales et préserver la cohésion d’une société urbaine multiculturelle.
Sous l’autorité des seigneurs Nguyễn, la pratique marchande devint un pilier de la stabilité politique. Le marché offrait une interface entre la population locale, les producteurs ruraux et les négociants étrangers. Il symbolisait également l’équilibre entre les valeurs confucéennes d’ordre et d’harmonie et la flexibilité propre aux sociétés portuaires. Les influences religieuses — notamment bouddhistes et taoïstes — y introduisirent des gestes rituels liés à la prospérité et à la bienveillance : avant l’ouverture du marché, des offrandes étaient parfois faites aux esprits du commerce et aux divinités protectrices du fleuve. Ainsi, la tradition du marché Cho Hoi An se développa comme une institution à la fois économique, spirituelle et sociale, indissociable de l’identité de la cité.
Éléments constitutifs et pratiques
Le fonctionnement du marché repose sur un ensemble de pratiques codifiées. Les activités commencent à l’aube, lorsque les pêcheurs et agriculteurs livrent leurs produits frais sur les rives de la rivière Thu Bon. Les étals sont disposés selon une logique séculaire : les produits de la mer près du quai, les légumes et les épices dans les allées centrales, les denrées sèches et textiles dans les zones couvertes. Cette organisation spatiale, stable depuis des siècles, reflète la hiérarchie des métiers et la connaissance empirique du climat et des flux.
La structure sociale du marché repose sur la complémentarité des rôles. Les femmes dominent les activités de vente, de négociation et de préparation, tandis que les hommes assurent le transport et la manutention. La transmission des savoir-faire s’effectue principalement par voie orale : savoir reconnaître la fraîcheur d’un poisson, équilibrer une balance en bambou, calculer les prix de mémoire ou interpréter les signaux non verbaux d’un client. Les échanges se font dans un langage particulier, mêlant expressions locales et tonalités codées, où la politesse, la plaisanterie et la mise en scène de la négociation font partie du rituel.
Certains jours, notamment à la veille du Têt (Nouvel An vietnamien), le marché devient un théâtre symbolique : les couleurs, les odeurs et les sons se multiplient, les décorations florales envahissent les allées et les produits offerts changent de fonction — du simple bien alimentaire à l’objet de vœux et d’espoir pour l’année nouvelle.
Symbolisme et significations
Au-delà de sa dimension matérielle, le marché Cho Hoi An véhicule un riche système de valeurs et de symboles. Le troc, la parole donnée et la négociation ritualisée traduisent une conception morale de l’économie fondée sur la confiance et la mesure. La vente n’est pas perçue comme un affrontement mais comme un échange équilibré où chacun trouve son bénéfice sans léser l’autre. Les transactions se déroulent dans un cadre de respect mutuel qui reflète la philosophie confucéenne : harmonie, loyauté et hiérarchie sociale.
Les couleurs du marché possèdent également un langage symbolique : le rouge des piments et des étoffes évoque la chance, le jaune des fruits mûrs et des fleurs de souci renvoie à la prospérité, tandis que le vert des herbes et des feuilles symbolise la santé et la continuité. Les sons du marché — appels des vendeuses, cliquetis des balances, éclats de voix des acheteurs — forment une musicalité quotidienne, expression vivante d’un ordre collectif. Le silence, à l’inverse, est perçu comme un signe de pauvreté ou de déséquilibre.
Le marché reflète ainsi une vision du monde où la prospérité matérielle et la stabilité morale se renforcent mutuellement. Dans les variantes régionales, notamment dans les villages environnants, le marché garde la même charge symbolique mais dans un cadre plus restreint : il devient un espace de sociabilité rurale, tandis qu’à Hoi An, il conserve sa dimension cosmopolite et urbaine.
Évolution et influences extérieures
La tradition du marché Cho Hoi An a traversé plusieurs phases d’adaptation. Les grandes mutations historiques — fermeture du Japon au commerce au XVIIᵉ siècle, colonisation française, guerres du XXᵉ siècle, réformes du Doi Moi — ont chacune laissé leur empreinte. Cependant, la structure sociale et les pratiques fondamentales ont résisté. La période coloniale introduisit des mesures sanitaires et un encadrement administratif plus strict, sans altérer l’esprit d’autonomie communautaire. Après 1975, la collectivisation tenta de transformer les marchés en structures d’État, mais les vendeuses parvinrent à maintenir les échanges informels qui préservaient l’essence de la tradition.
Depuis les années 1980, le développement du tourisme et la patrimonialisation de Hoi An ont profondément modifié la fonction du marché. Les produits destinés aux visiteurs — lanternes, soieries, objets artisanaux — côtoient les denrées traditionnelles. Cette hybridation reflète la capacité du marché à intégrer l’économie globale sans perdre son authenticité. Les influences internationales se manifestent également dans la diversification linguistique : les négociations peuvent se faire en vietnamien, en anglais, parfois en français ou en mandarin. Pourtant, la structure de communication reste fidèle à ses racines — l’humour, la connivence et le geste priment sur la stricte rationalité commerciale.
Des comparaisons peuvent être établies avec les marchés flottants du Mékong ou les souks du Maghreb : tous fonctionnent comme des microcosmes sociaux où la transaction économique est indissociable de la relation humaine. À Hoi An, cette relation est empreinte de douceur et de lenteur, marquée par une hospitalité qui distingue la culture vietnamienne.
Organisation sociale et impact communautaire
Le marché est un espace d’équilibre social. Il offre à des milliers d’habitants — commerçants, pêcheurs, artisans, transporteurs — un cadre économique et identitaire. Les familles tiennent souvent les mêmes emplacements depuis plusieurs générations, créant des réseaux de confiance et de solidarité. La parole donnée y a valeur de contrat, et les dettes d’honneur se règlent sans recours aux institutions.
Les femmes, figures centrales du marché, jouent un rôle économique et moral déterminant. Leur présence quotidienne assure la continuité de la tradition et contribue à l’émancipation sociale féminine dans une société longtemps patriarcale. Le marché est aussi un lieu d’éducation informelle : les enfants y apprennent à compter, à marchander et à respecter les hiérarchies. Lors des grandes fêtes locales, il devient le cœur des célébrations : les stands se parent de lanternes, les musiciens ambulants animent les allées, et des rituels de bénédiction sont accomplis pour attirer chance et prospérité.
Sur le plan politique, le marché sert parfois d’indicateur social : les autorités y observent l’évolution du coût de la vie et le pouvoir d’achat des habitants. Sa vitalité économique est perçue comme le reflet de la stabilité locale.
Statistiques, récits et anecdotes
Le marché Cho Hoi An regroupe aujourd’hui plus de 500 vendeurs et vendeuses permanents, répartis sur plusieurs secteurs thématiques. Chaque jour, plusieurs tonnes de produits frais y transitent. Certains commerçants exercent depuis plus d’un demi-siècle, incarnant la mémoire collective de la cité. Les anecdotes locales abondent : tel marchand connu pour reconnaître chaque client par son accent, telle vendeuse réputée pour ses prières avant chaque journée de travail. Ces récits, transmis oralement, renforcent le sentiment d’appartenance et la continuité des pratiques.
Reconnaissance et enjeux de préservation
Inscrit dans le périmètre de la vieille ville de Hoi An, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1999, le marché bénéficie d’une protection indirecte. Il reste néanmoins vulnérable face à la pression touristique et à la modernisation urbaine. L’équilibre entre authenticité et rentabilité commerciale constitue le principal défi. Certaines initiatives locales encouragent la vente de produits régionaux certifiés, la réduction des emballages plastiques et la transmission des savoir-faire aux jeunes générations.
Des programmes éducatifs sensibilisent les élèves à la valeur culturelle du marché, tandis que les autorités locales collaborent avec des institutions internationales pour améliorer les infrastructures sans altérer le caractère traditionnel du lieu. L’enjeu principal est de préserver la fonction sociale du marché, garante de sa vitalité culturelle.
Le marché Cho Hoi An demeure un symbole vivant de la culture vietnamienne : un lieu où s’entrelacent commerce, mémoire et identité, et où chaque transaction témoigne d’une histoire pluriséculaire d’échanges, d’adaptation et de solidarité.

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