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Egypte • |-1189/-1077| • Dynastie XX

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La XXe dynastie et son rôle dans l’histoire de l’Égypte

Une dynastie de la fin du Nouvel Empire

La XXe dynastie occupe une place particulière dans l’histoire de l’Égypte ancienne. Elle appartient à la dernière phase du Nouvel Empire, période qui avait vu l’État pharaonique atteindre une puissance politique, militaire et économique considérable. Contrairement à la XVIIIe dynastie, associée à l’expansion impériale, ou à la XIXe dynastie, marquée par les grands règnes ramessides, la XXe dynastie correspond surtout à un moment de défense, de maintien et de lente fragilisation du pouvoir royal.

Fondée par Sethnakht à la suite des troubles de la fin de la XIXe dynastie, elle est dominée par la figure de Ramsès III, souvent considéré comme le dernier grand souverain du Nouvel Empire. Après lui, une succession de rois portant le nom de Ramsès tenta de préserver l’autorité monarchique dans un contexte de difficultés économiques, de tensions sociales, de recul extérieur et de montée en puissance des institutions religieuses, en particulier le clergé d’Amon à Thèbes.

Le rétablissement politique après les troubles de succession

La fondation de la XXe dynastie s’inscrit dans une période d’instabilité. À la fin de la XIXe dynastie, l’autorité royale avait été affaiblie par des rivalités de succession et par la montée de personnages influents au sein de l’administration. Sethnakht apparut comme un restaurateur de l’ordre. Son règne fut bref, mais il permit de rétablir une continuité dynastique et de préparer le pouvoir de son fils Ramsès III.

Ramsès III chercha à se présenter comme l’héritier des grands souverains ramessides. Son règne fut marqué par une volonté de restaurer l’image d’une monarchie forte, capable de défendre le territoire, d’entretenir les temples et de maintenir la prospérité du pays. Il dut cependant gouverner dans un contexte international beaucoup plus difficile que celui des siècles précédents. L’équilibre du Proche-Orient était bouleversé par des migrations, des conflits et l’effondrement de plusieurs puissances de l’âge du Bronze récent.

La XXe dynastie fut donc politiquement une dynastie de résistance. Elle ne construisit pas un empire nouveau, mais tenta de préserver un héritage territorial et institutionnel déjà fragilisé.

La défense du territoire sous Ramsès III

Le règne de Ramsès III constitue le sommet politique et militaire de la dynastie. Il dut faire face à plusieurs menaces extérieures, notamment aux Libyens à l’ouest et aux groupes traditionnellement désignés comme Peuples de la mer. Les inscriptions royales présentent ces conflits comme de grandes victoires défensives, destinées à protéger l’Égypte contre des ennemis venus de régions méditerranéennes et proche orientales.

Ces campagnes permirent de préserver l’intégrité du territoire égyptien. Elles renforcèrent aussi l’image royale de Ramsès III comme défenseur de l’ordre contre le chaos. Toutefois, ces succès furent principalement défensifs. Ils ne débouchèrent pas sur une expansion durable comparable à celle des XVIIIe et XIXe dynasties. Ils montrent plutôt que l’Égypte devait désormais consacrer une part importante de ses ressources à la protection de ses frontières.

Après Ramsès III, les souverains de la dynastie eurent de plus en plus de mal à maintenir l’influence égyptienne hors de la vallée du Nil. Le contrôle sur les possessions asiatiques diminua progressivement, tandis que la Nubie resta importante mais s’inscrivit dans un système administratif soumis aux tensions internes du royaume.

Le poids croissant des temples et du clergé d’Amon

L’un des aspects essentiels de la XXe dynastie est la montée en puissance des temples. Déjà très riches depuis les dynasties précédentes, les grands sanctuaires, notamment ceux d’Amon à Thèbes, détenaient des terres, du personnel, des ateliers, des troupeaux et des ressources considérables. Ramsès III multiplia les donations aux temples, renforçant leur rôle religieux mais aussi économique et politique.

Cette puissance religieuse eut des conséquences importantes. Les temples devinrent des acteurs majeurs de la redistribution des richesses et de l’administration locale. Le clergé d’Amon, en particulier, gagna une influence croissante en Haute Égypte. À la fin de la dynastie, les grands prêtres d’Amon exercèrent un pouvoir qui concurrençait directement l’autorité pharaonique dans le sud du pays.

La XXe dynastie montre ainsi une évolution profonde de l’État égyptien. Le roi demeurait théoriquement le centre du pouvoir, mais certaines institutions religieuses disposaient de moyens économiques et administratifs qui limitaient progressivement son autorité effective.

Une économie fragilisée par les crises et les charges de l’État

Sur le plan économique, la XXe dynastie fut confrontée à des difficultés croissantes. Les campagnes militaires, l’entretien des temples, les chantiers royaux et la gestion administrative exigeaient des ressources importantes. Or l’Égypte subissait un contexte plus instable, avec une pression accrue sur les frontières, une diminution probable de certains revenus extérieurs et des tensions dans l’approvisionnement.

Les documents de cette période montrent des problèmes de paiement, des retards de livraison et des perturbations dans la vie des ouvriers spécialisés. Les grèves des travailleurs de Deir el-Médineh, sous Ramsès III, constituent un témoignage particulièrement important des tensions économiques et administratives. Elles révèlent que même les institutions liées directement aux tombes royales pouvaient être touchées par les difficultés de ravitaillement.

L’économie de la XXe dynastie n’était pas entièrement ruinée. Les temples, les domaines agricoles et l’administration continuaient de fonctionner. Cependant, l’équilibre général était plus fragile, et les ressources disponibles ne suffisaient plus toujours à soutenir le modèle impérial hérité du Nouvel Empire.

Une production culturelle entre continuité ramesside et transformations

Culturellement, la XXe dynastie prolongea les traditions du Nouvel Empire. Les souverains continuèrent à bâtir, décorer des temples, aménager des tombes royales dans la Vallée des Rois et utiliser les codes artistiques ramessides. Ramsès III fit construire son grand temple funéraire à Médinet Habou, l’un des monuments majeurs de la période. Ce complexe illustre à la fois la permanence de l’idéologie royale et le rôle central de la victoire militaire dans la représentation du pharaon.

Cependant, la production culturelle de la dynastie reflète aussi un monde en mutation. Les tombes, les documents administratifs, les papyrus judiciaires et les textes économiques témoignent d’une société où les tensions internes deviennent de plus en plus visibles. Les procès liés à la conspiration contre Ramsès III, les enquêtes sur les pillages de tombes et la documentation de Deir el-Médineh montrent un État encore actif, mais traversé par des crises.

Une dynastie de transition vers la Troisième Période intermédiaire

La XXe dynastie ne doit pas être considérée uniquement comme une période de déclin. Elle conserva longtemps les formes traditionnelles du pouvoir pharaonique, défendit le territoire égyptien et produisit des monuments importants. Mais elle marque clairement la fin d’un cycle historique. L’autorité royale s’affaiblit, l’influence extérieure diminua, l’économie se tendit et le pouvoir des grands prêtres d’Amon s’affirma.

Avec Ramsès XI, dernier pharaon de la dynastie, l’unité effective du royaume fut profondément compromise. Le pouvoir se partagea entre plusieurs centres, notamment dans le Delta et à Thèbes. La XXe dynastie apparaît donc comme la dernière dynastie du Nouvel Empire et comme le seuil de la Troisième Période intermédiaire. Son rôle historique fut de préserver aussi longtemps que possible l’héritage impérial ramesside, tout en révélant les transformations qui conduisirent à la fragmentation durable du pouvoir égyptien.

L’extension géographique de la XXe dynastie en Égypte

Un territoire centré sur la vallée du Nil à la fin du Nouvel Empire

La XXe dynastie appartient à la dernière phase du Nouvel Empire, une période où l’Égypte conserva encore les formes traditionnelles de la monarchie pharaonique, mais dans un contexte de recul territorial et de fragilisation interne. Contrairement à la XVIIIe dynastie, qui avait construit un vaste système impérial en Nubie et au Levant, ou à la XIXe dynastie, qui avait encore maintenu une forte présence internationale, la XXe dynastie fut surtout une dynastie de défense et de préservation.

Son territoire principal correspondait à l’Égypte proprement dite, c’est-à-dire la vallée du Nil, la Haute Égypte, la Moyenne Égypte et le Delta. Le pouvoir royal, fondé par Sethnakht puis porté à son apogée par Ramsès III, chercha à maintenir l’unité du pays après les troubles de la fin de la XIXe dynastie. Cette unité resta cependant de plus en plus difficile à préserver, surtout à mesure que les centres de pouvoir régionaux et religieux gagnaient en autonomie.

Le Delta comme frontière stratégique face aux menaces méditerranéennes et asiatiques

Le Delta du Nil occupait une position essentielle dans la géographie politique de la XXe dynastie. Il représentait à la fois une zone agricole riche, une ouverture vers la Méditerranée orientale et la première ligne de défense contre les mouvements venus du Levant ou des régions maritimes. Sous Ramsès III, cette région joua un rôle central dans les conflits contre les groupes traditionnellement désignés comme les Peuples de la mer.

Les inscriptions royales présentent Ramsès III comme le défenseur de l’Égypte face à des peuples venus par terre et par mer. Même si la nature exacte de ces groupes reste discutée, leur apparition s’inscrit dans les bouleversements plus larges de la fin de l’âge du Bronze. Le contrôle du Delta permit à l’Égypte de repousser ces attaques et d’éviter une rupture territoriale comparable à celle qui avait marqué l’époque des Hyksôs.

Cependant, cette défense du Delta ne se traduisit pas par une expansion durable vers l’Asie. La XXe dynastie protégea la frontière orientale, mais elle ne rétablit pas pleinement l’ancienne domination égyptienne sur les territoires levantins. Le Delta devint donc moins une base d’expansion qu’un espace de protection du territoire national.

Le recul progressif de l’influence égyptienne au Levant

Au début du Nouvel Empire, l’Égypte exerçait une influence importante sur Canaan et certaines régions du Levant méridional. Cette influence reposait sur des garnisons, des princes vassaux, des tributs et des interventions militaires. À l’époque de la XXe dynastie, cet héritage impérial était déjà fragilisé.

Ramsès III mena encore des campagnes ou affirma symboliquement son autorité sur des régions asiatiques. Pourtant, la réalité politique montre un recul progressif de la présence égyptienne au Levant. Les cités et territoires qui avaient autrefois dépendu de l’Égypte échappèrent peu à peu à son contrôle direct. Les transformations régionales, l’effondrement de plusieurs puissances de l’âge du Bronze, la montée de nouveaux groupes locaux et les difficultés internes de l’Égypte réduisirent la capacité pharaonique à intervenir durablement au nord-est.

Ce recul modifia les relations avec les voisins asiatiques. L’Égypte ne joua plus le même rôle d’arbitre ou de puissance dominante qu’aux temps de Thoutmôsis III, d’Amenhotep III ou de Ramsès II. Elle resta un grand royaume, mais son action extérieure devint plus limitée, davantage tournée vers la défense de ses accès orientaux que vers l’administration d’un empire asiatique.

La Nubie comme territoire encore essentiel au système égyptien

Au sud, la Nubie demeura une région importante pour la XXe dynastie. Depuis le début du Nouvel Empire, elle était intégrée au système égyptien par l’intermédiaire d’une administration spécialisée, dirigée par le vice-roi de Koush. Cette région fournissait des ressources précieuses, notamment l’or, et représentait une zone stratégique pour le contrôle de la vallée méridionale du Nil.

La XXe dynastie conserva encore une autorité sur la Nubie, mais cette domination s’inscrivait dans un système de plus en plus fragile. La distance avec le pouvoir central, les difficultés économiques et la montée des pouvoirs locaux affaiblirent progressivement la cohésion impériale. La Nubie resta liée à l’Égypte, mais son contrôle dépendait de l’efficacité de l’administration méridionale et de la capacité du pouvoir royal à maintenir ses représentants.

Les relations avec les populations nubiennes furent donc marquées par la continuité plus que par la conquête. La XXe dynastie ne créa pas un nouvel empire nubien, mais elle tenta de préserver un territoire déjà intégré depuis les grandes expansions des dynasties précédentes.

La Haute Égypte et l’autonomie croissante du pouvoir thébain

La Haute Égypte, et surtout Thèbes, constituait un autre espace déterminant pour comprendre l’extension effective de la XXe dynastie. En théorie, le pharaon régnait sur l’ensemble du pays. En pratique, le pouvoir des grands prêtres d’Amon à Thèbes devint de plus en plus important. Cette évolution transforma la géographie politique de l’Égypte intérieure.

Les temples d’Amon possédaient des terres, des richesses, du personnel et une capacité administrative considérable. À mesure que le pouvoir royal s’affaiblissait, les autorités religieuses thébaines devinrent presque autonomes dans le sud. Sous Ramsès XI, dernier souverain de la dynastie, la division entre le pouvoir royal au nord et l’autorité thébaine au sud devint particulièrement visible.

Cette situation n’impliquait pas nécessairement une rupture officielle immédiate, mais elle réduisait l’autorité effective du pharaon. L’Égypte demeurait nominalement un royaume unifié, tandis que son contrôle réel se fragmentait entre plusieurs centres de pouvoir.

Une extension territoriale héritée mais difficile à maintenir

La XXe dynastie contrôla principalement l’Égypte nilotique, conserva une influence importante en Nubie et tenta de maintenir les restes de l’ancien système impérial au Levant. Son extension géographique fut donc moins celle d’une dynastie conquérante que celle d’un pouvoir cherchant à préserver un héritage territorial devenu lourd à défendre.

Cette situation influença profondément ses relations avec les dynasties et pouvoirs voisins. Face aux groupes méditerranéens et libyens, elle adopta une posture défensive. Au Levant, elle vit diminuer l’ancienne influence égyptienne. En Nubie, elle conserva un système administratif hérité, mais exposé à la fragilisation générale de l’État. À l’intérieur même de l’Égypte, la montée du pouvoir thébain annonça la fragmentation politique de la Troisième Période intermédiaire.

La XXe dynastie marque ainsi le dernier effort du Nouvel Empire pour maintenir l’intégrité territoriale et l’autorité pharaonique. Son histoire géographique est celle d’un royaume encore vaste, mais confronté à la réduction progressive de son influence extérieure et à l’affaiblissement de son unité interne.

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