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Phonsavan • Plaine des Jarres - Énigmatiques Jarres Mégalithiques

La Plaine des Jarres est un vaste ensemble archéologique situé près de Phonsavan, dans la province de Xieng Khouang au Laos. Elle se compose de plusieurs sites dispersés sur des plateaux et des collines où sont disposées des centaines de grandes jarres de pierre taillées dans des blocs de grès, de granite ou de calcaire. Leur taille varie considérablement, certaines atteignant plus de deux mètres de hauteur. L’origine et la fonction de ces jarres font l’objet de nombreuses recherches archéologiques. Les découvertes associées, notamment des sépultures et des objets funéraires, suggèrent un usage lié à des pratiques mortuaires anciennes. Le site constitue aujourd’hui l’un des ensembles préhistoriques les plus remarquables d’Asie du Sud-Est.

Phonsavan • Plaine des Jarres: jarres sur la plaine ( Laos,  )

Phonsavan • Plaine des Jarres: jarres sur la plaine

Phonsavan • Plaine des Jarres: grandes jarres ( Laos,  )

Phonsavan • Plaine des Jarres: grandes jarres

Phonsavan • Plaine des Jarres: jarres dans des sous-bois ( Laos,  )

Phonsavan • Plaine des Jarres: jarres dans des sous-bois

La Plaine des Jarres de Phonsavan : histoire d’un paysage mégalithique au Laos

 

Origine et mise en place du paysage mégalithique

 

La Plaine des Jarres, située sur les plateaux de la province de Xieng Khouang autour de la ville actuelle de Phonsavan, constitue un ensemble archéologique formé de centaines de grandes jarres monolithiques disposées sur plusieurs sites distincts. Ces récipients de pierre, taillés dans du grès, du granite ou du calcaire, ont été installés entre la fin de la préhistoire et les débuts de l’époque historique, généralement datés entre environ 500 avant notre ère et 500 de notre ère. Les recherches archéologiques indiquent que leur mise en place correspond à une période durant laquelle les plateaux du nord du Laos étaient occupés par des sociétés organisées capables de mobiliser des ressources importantes pour l’extraction, le transport et l’installation de blocs de pierre pesant parfois plusieurs tonnes.

 

Les jarres ont été façonnées dans des carrières situées à plusieurs kilomètres des sites où elles se trouvent aujourd’hui. Les traces d’outils observées sur certaines surfaces et les blocs inachevés retrouvés dans les carrières indiquent un processus de taille directement sur place avant transport. Les modalités exactes de ce transport restent débattues, mais la distribution des jarres montre qu’elles ont été installées selon des alignements ou des regroupements précis sur des reliefs dominant les vallées environnantes. Leur présence sur ces plateaux suggère une organisation territoriale liée à des pratiques rituelles ou funéraires spécifiques.

 

Les fouilles archéologiques ont révélé la présence de sépultures associées à certaines jarres. Des restes humains, des perles, des objets métalliques et des fragments de céramique ont été découverts dans des fosses creusées à proximité immédiate des jarres ou sous des dalles de pierre. Ces découvertes suggèrent que les jarres faisaient partie d’un système funéraire complexe. Plusieurs hypothèses ont été proposées, notamment l’utilisation des jarres comme récipients temporaires pour la décomposition des corps avant l’inhumation finale, ou comme marqueurs monumentaux de zones d’inhumation.

 

Redécouverte et premières recherches archéologiques

 

La Plaine des Jarres a été décrite pour la première fois par des explorateurs occidentaux à la fin du XIXᵉ siècle, à une époque où la région faisait partie de l’Indochine française. Les premières études systématiques ont été menées dans les années 1930 par l’archéologue française Madeleine Colani. Ses travaux ont constitué la première tentative d’analyse scientifique de l’ensemble mégalithique.

 

Colani a documenté plusieurs sites, mesuré les jarres et proposé l’interprétation funéraire du complexe. Elle a également identifié des grottes naturelles dans les collines environnantes qui contenaient des traces d’utilisation rituelle, notamment des fragments d’ossements brûlés et des dépôts d’objets. Ces observations ont conduit à l’hypothèse d’un système funéraire comprenant différentes étapes, dont la crémation partielle et l’inhumation secondaire.

 

Les études de Colani ont également permis d’identifier des carrières de pierre situées à plusieurs kilomètres des sites principaux, confirmant que les jarres avaient été extraites puis transportées vers leur emplacement actuel. Ses recherches ont posé les bases de la chronologie et de l’interprétation archéologique de la Plaine des Jarres, bien que de nombreux aspects demeurent encore aujourd’hui mal compris.

 

Conflits contemporains et impact sur le site

 

La Plaine des Jarres a été profondément affectée par les conflits du XXᵉ siècle. Pendant la guerre d’Indochine et la guerre du Vietnam, la province de Xieng Khouang est devenue l’une des régions les plus bombardées du Laos. Les plateaux où se trouvent les sites archéologiques ont été utilisés à des fins militaires et ont été exposés à d’intenses campagnes de bombardement aérien.

 

Ces opérations ont laissé dans la région une grande quantité de munitions non explosées. Pendant plusieurs décennies, l’accès à de nombreuses zones de la Plaine des Jarres est resté extrêmement dangereux. Les recherches archéologiques et les activités touristiques ont été fortement limitées par la présence de ces engins.

 

Depuis les années 1990, des programmes internationaux de déminage ont permis de sécuriser progressivement plusieurs sites majeurs. Ces opérations ont rendu possible la reprise des recherches scientifiques et l’ouverture de certaines zones au public. Cependant, une partie importante du paysage archéologique reste encore aujourd’hui inaccessible en raison des risques liés aux munitions non explosées.

 

Reconnaissance internationale et conservation

 

Les recherches archéologiques menées au cours des dernières décennies ont permis d’approfondir la compréhension du site et de mieux documenter l’étendue de l’ensemble mégalithique. Plus de quatre-vingt-dix sites contenant des jarres ont été identifiés dans la province de Xieng Khouang, bien que seuls quelques-uns soient actuellement accessibles.

 

En 2019, la Plaine des Jarres a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO sous le nom officiel « Megalithic Jar Sites in Xieng Khouang – Plain of Jars ». Cette inscription reconnaît la valeur exceptionnelle de cet ensemble archéologique et son importance pour l’étude des pratiques funéraires anciennes en Asie du Sud-Est.

 

La protection du site repose aujourd’hui sur un système de gestion combinant conservation archéologique, surveillance du territoire et programmes de déminage. Les autorités laotiennes, en collaboration avec des organisations internationales, travaillent à la stabilisation des jarres, à la documentation scientifique des sites et à la protection du paysage culturel qui les entoure.

 

Contexte historique mondial

 

La période principale associée à l’utilisation des jarres, entre environ 500 avant notre ère et 500 de notre ère, correspond à une époque marquée par la formation de grandes civilisations dans plusieurs régions du monde. En Asie du Sud, l’empire Maurya domine une grande partie du sous-continent indien au IIIᵉ siècle avant notre ère. En Chine, la dynastie Han consolide un État impérial puissant entre le IIᵉ siècle avant notre ère et le IIᵉ siècle de notre ère. Dans le bassin méditerranéen, l’expansion de la République puis de l’Empire romain transforme profondément les structures politiques et économiques de l’Europe et du Moyen-Orient. Ces repères chronologiques situent la formation de la Plaine des Jarres dans une période d’intenses transformations culturelles à l’échelle du monde ancien.

Architecture de la Plaine des Jarres à Phonsavan

 

Organisation spatiale du paysage mégalithique

 

La Plaine des Jarres s’étend sur plusieurs plateaux et reliefs dominant les vallées de la province de Xieng Khouang, autour de l’actuelle ville de Phonsavan. L’ensemble ne correspond pas à un édifice unique mais à un système de sites mégalithiques répartis sur des crêtes, des collines et des pentes modérées. Les jarres y sont installées sur des positions élevées offrant une visibilité étendue sur les paysages environnants. Leur implantation privilégie des surfaces relativement planes situées au sommet ou sur les flancs supérieurs des plateaux. Cette disposition suggère une sélection attentive des emplacements afin d’assurer la stabilité des structures et leur visibilité dans le paysage.

 

Les jarres sont disposées en groupes dont la taille varie considérablement. Certains ensembles ne comptent que quelques exemplaires, tandis que d’autres en regroupent plusieurs centaines. À l’intérieur de ces sites, les jarres apparaissent rarement disposées en alignements réguliers. Elles se répartissent plutôt en concentrations distinctes séparées par des espaces ouverts, ce qui crée une succession de zones monumentales à l’échelle du plateau. Dans plusieurs cas, certaines jarres se trouvent isolées à distance des groupes principaux, indiquant une organisation spatiale différenciée au sein du site.

 

La topographie joue un rôle déterminant dans cette organisation. Les jarres sont rarement placées dans les parties basses des vallées et apparaissent presque exclusivement sur des reliefs dominant les plaines environnantes. Leur implantation implique une adaptation aux irrégularités du terrain. Dans certains ensembles, la disposition des jarres suit les lignes naturelles des plateaux ou s’aligne le long des crêtes, renforçant l’intégration du dispositif monumental à la morphologie du paysage.

 

Morphologie et proportions des jarres monolithiques

 

Les jarres constituent l’élément architectural central de l’ensemble. Chaque jarre est taillée dans un bloc unique de pierre et présente généralement une forme cylindrique ou légèrement évasée vers l’ouverture supérieure. Le profil varie selon les exemplaires. Certaines jarres présentent des parois relativement droites, tandis que d’autres montrent un élargissement progressif du corps avant un léger rétrécissement vers la base.

 

Les dimensions diffèrent fortement d’un exemplaire à l’autre. Les plus petites jarres mesurent environ un mètre de hauteur, tandis que les plus grandes dépassent deux mètres et peuvent atteindre près de trois mètres. Le diamètre de l’ouverture varie généralement entre un mètre et un mètre cinquante. L’épaisseur des parois atteint parfois plusieurs dizaines de centimètres, ce qui confère aux structures une masse considérable et assure leur résistance.

 

La base des jarres est généralement plane ou légèrement arrondie afin de reposer directement sur la surface rocheuse ou sur un sol préalablement nivelé. Dans certains cas, les jarres sont partiellement enfoncées dans le sol afin d’améliorer leur stabilité. Les surfaces extérieures présentent souvent une finition relativement brute. Des traces d’outils sont visibles sous forme de stries, de marques de percussion ou de surfaces irrégulièrement polies.

 

L’ouverture supérieure constitue la partie la plus travaillée. Elle est généralement soigneusement polie et présente un bord circulaire régulier. Certaines jarres possèdent un léger rebord externe pouvant servir à maintenir un élément de fermeture. Quelques exemplaires comportent également de petites cavités ou perforations latérales dont la fonction précise demeure incertaine.

 

Matériaux et techniques de fabrication

 

Les jarres ont été sculptées dans différentes roches disponibles dans la région. Les matériaux les plus fréquents sont le grès, le calcaire et le granite. Le choix dépend probablement de la proximité des affleurements exploitables et des propriétés mécaniques de la pierre. Le grès apparaît particulièrement courant en raison de sa relative facilité de taille.

 

Plusieurs carrières ont été identifiées à plusieurs kilomètres de certains sites. Dans ces zones d’extraction, des blocs partiellement façonnés témoignent des différentes étapes de fabrication. Les jarres étaient probablement dégrossies directement sur le lieu d’extraction afin de réduire leur masse avant transport. Les surfaces montrent des traces d’outils correspondant à des techniques de percussion et de taille progressive.

 

La fabrication d’une jarre nécessitait l’évidement complet d’un bloc de pierre. Cette opération exigeait un travail précis afin de maintenir une épaisseur régulière des parois tout en conservant la stabilité de la structure. Les marques observées à l’intérieur de certaines jarres indiquent un creusement réalisé à l’aide d’outils métalliques ou de percuteurs en pierre.

 

Le transport des jarres constituait un défi technique majeur. Certaines carrières se situent à plus de dix kilomètres des sites d’installation. Les jarres, dont le poids peut atteindre plusieurs tonnes, ont dû être déplacées sur des terrains irréguliers avant d’être installées sur les plateaux. Les archéologues envisagent l’utilisation de traîneaux en bois, de rouleaux ou de rampes temporaires pour faciliter ces déplacements.

 

Structures associées et organisation architecturale des sites

 

Outre les jarres elles-mêmes, plusieurs éléments lithiques participent à la configuration des sites. Les disques de pierre constituent les structures les plus fréquemment associées aux jarres. Ces dalles circulaires, parfois décorées de motifs gravés ou de reliefs, sont généralement disposées horizontalement sur le sol. Dans certains cas, elles recouvrent des fosses archéologiques contenant des dépôts funéraires ou des restes humains.

 

Le diamètre de ces disques correspond souvent à celui de l’ouverture des jarres. Cette relation dimensionnelle suggère qu’ils pouvaient servir de couvercles. Leur position actuelle sur le sol plutôt que sur les jarres indique toutefois qu’ils pouvaient également marquer des sépultures ou délimiter des espaces rituels.

 

D’autres structures lithiques plus modestes apparaissent sur certains sites. On observe notamment des blocs dressés, des pierres disposées en cercles ou de petites plateformes aménagées. Ces éléments contribuent à structurer l’espace autour des jarres et témoignent d’une organisation architecturale intégrant plusieurs dispositifs mégalithiques.

 

La répartition des jarres et des structures associées suggère une hiérarchie interne au sein des sites. Certaines jarres de grande dimension occupent des positions centrales ou dominantes, tandis que des exemplaires plus petits se répartissent en périphérie. Cette distribution indique une planification architecturale dans laquelle la taille et la position des jarres participent à l’organisation de l’espace monumental.

 

Transformations et conservation du paysage architectural

 

L’état architectural de la Plaine des Jarres a été profondément affecté par les événements du XXᵉ siècle. Les bombardements aériens liés à la guerre du Vietnam ont provoqué des destructions et des déplacements de certaines jarres. Des fragments de jarres brisées sont visibles sur plusieurs sites, témoignant des impacts directs ou des vibrations provoquées par les explosions.

 

Depuis les années 1990, des programmes de déminage ont permis de sécuriser progressivement plusieurs ensembles mégalithiques. Ces opérations ont également rendu possible de nouvelles campagnes de documentation archéologique et de stabilisation des jarres. Certaines jarres inclinées ou partiellement enterrées ont été redressées afin d’éviter leur basculement.

 

Les conditions naturelles influencent également la conservation des structures. L’érosion, la croissance de la végétation et les variations climatiques contribuent à la dégradation progressive des surfaces de pierre. Les jarres en grès présentent généralement une altération plus marquée que celles sculptées dans des roches plus résistantes comme le granite.

 

Aujourd’hui, plusieurs sites majeurs ont été aménagés pour permettre la visite tout en limitant l’impact des activités humaines sur les structures. Des sentiers balisés et des zones de circulation contrôlée ont été installés afin d’éviter le contact direct avec les jarres. Ces dispositifs visent à préserver l’intégrité architecturale de cet ensemble mégalithique et à assurer sa transmission aux générations futures.

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