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Laos

Du royaume du Million d'Éléphants à la République populaire : les grandes étapes de la formation historique du Laos

Les premiers peuplements et les cultures préhistoriques

Le territoire correspondant au Laos actuel est occupé depuis des dizaines de milliers d'années. Des découvertes archéologiques réalisées dans plusieurs régions du pays témoignent d'une présence humaine ancienne remontant au Paléolithique supérieur. Les vallées du Mékong et de ses affluents, ainsi que les plateaux du nord et du centre du pays, ont constitué des espaces favorables à l'installation de communautés de chasseurs-cueilleurs puis d'agriculteurs sédentaires.

Parmi les sites archéologiques les plus remarquables figure la célèbre Plaine des Jarres, située sur le plateau de Xiangkhouang. Des milliers de grandes jarres de pierre, parfois hautes de plusieurs mètres, y sont dispersées sur plusieurs dizaines de sites. Leur fonction exacte demeure discutée, mais les recherches récentes suggèrent qu'elles étaient liées à des pratiques funéraires remontant approximativement entre 500 avant notre ère et 500 après J.-C. Cette culture mégalithique témoigne de l'existence de sociétés relativement organisées participant déjà aux échanges régionaux d'Asie du Sud-Est continentale.

À partir du premier millénaire avant notre ère, la diffusion de la riziculture irriguée, de la métallurgie du bronze puis du fer transforme progressivement les sociétés locales. Les populations installées dans les vallées développent des structures politiques plus complexes, tandis que les échanges commerciaux avec la Chine méridionale, le bassin du Mékong inférieur et les régions côtières se multiplient.

Les influences indiennes et les premiers États

Comme dans une grande partie de l'Asie du Sud-Est continentale, les premiers États organisés du territoire lao subissent fortement l'influence culturelle et religieuse de l'Inde. Ce phénomène, souvent qualifié d'« indianisation », ne résulte pas d'une conquête militaire mais d'échanges commerciaux et culturels progressifs.

À partir des premiers siècles de notre ère, les élites locales adoptent certains éléments de la civilisation indienne : l'écriture dérivée des alphabets indiens, les concepts de royauté sacrée, les modèles administratifs ainsi que l'hindouisme et le bouddhisme. Le sanskrit devient une langue prestigieuse utilisée dans les inscriptions officielles et religieuses.

Les régions méridionales du Laos actuel se trouvent alors dans la sphère d'influence du royaume de Funan, puis de son successeur Chenla, qui domine une grande partie du bassin inférieur du Mékong entre le VIe et le VIIIe siècle. Plus tard, ces territoires passent sous l'influence croissante de l'Empire khmer centré sur Angkor.

La domination khmère et les influences môn et thaïes

Entre le IXe et le XIIIe siècle, une partie importante du Laos actuel appartient à la zone d'influence de l'Empire khmer. Les souverains d'Angkor contrôlent notamment les régions méridionales et les principales voies commerciales reliant le Cambodge à la vallée moyenne du Mékong.

Cette domination reste cependant relativement indirecte dans les régions montagneuses du nord, où subsistent de nombreuses principautés autonomes. Les Khmers introduisent néanmoins des techniques agricoles, des modèles administratifs ainsi que des formes artistiques et architecturales qui marquent durablement certaines régions du sud du pays.

Parallèlement, les populations môn exercent également une influence culturelle importante, notamment dans la diffusion du bouddhisme theravāda qui commence progressivement à remplacer les formes plus anciennes d'hindouisme et de bouddhisme mahāyāna.

Durant cette période apparaissent également les premières migrations importantes des peuples de langue taï venus du sud de la Chine actuelle. Ces mouvements migratoires, qui concernent plusieurs siècles, modifient profondément l'équilibre démographique et culturel de la région.

Les migrations taï et la naissance de l'identité lao

Entre le XIe et le XIIIe siècle, les populations taï s'installent progressivement dans les vallées fertiles du Mékong et de ses affluents. Ces groupes apportent avec eux leurs langues, leurs structures sociales et leurs traditions politiques fondées sur de petites principautés appelées *müang*.

Les nouveaux arrivants cohabitent avec des populations plus anciennes appartenant principalement aux groupes austroasiatiques, ancêtres de nombreuses minorités ethniques actuelles du Laos. Cette coexistence contribue à la grande diversité culturelle qui caractérise encore aujourd'hui le pays.

La langue lao appartient au groupe des langues taï et se développe progressivement comme langue dominante dans les vallées centrales du Mékong. Elle reste étroitement apparentée au thaï moderne, tout en développant sa propre écriture et ses particularités culturelles.

Les chefs locaux consolident progressivement leur pouvoir dans plusieurs principautés indépendantes qui entretiennent des relations complexes d'alliance, de rivalité et de vassalité avec les royaumes voisins de Sukhothaï, de Lanna et des Khmers.

La fondation du royaume de Lan Xang

L'événement majeur de l'histoire lao survient au XIVe siècle avec la fondation du royaume de Lan Xang, littéralement le « Royaume du Million d'Éléphants ».

Le fondateur de cet État est le prince Fa Ngum, né vers 1316. Élevé à la cour khmère d'Angkor après l'exil de sa famille, il bénéficie d'un soutien militaire khmer qui lui permet de conquérir progressivement les différentes principautés lao dispersées le long du Mékong.

En 1353, Fa Ngum établit officiellement le royaume de Lan Xang avec pour capitale Luang Prabang, alors appelée Muang Sua. Cet événement est généralement considéré comme la naissance politique du Laos historique.

L'unification des principautés lao

La création de Lan Xang permet pour la première fois l'unification durable de nombreuses principautés lao sous une même autorité politique. Le nouveau royaume s'étend progressivement depuis les montagnes du nord jusqu'aux régions méridionales du Mékong.

Le contrôle exercé par le souverain reste cependant largement fondé sur des relations personnelles de fidélité entre le roi et les dirigeants locaux. Le royaume fonctionne davantage comme une fédération de principautés que comme un État centralisé au sens moderne.

Malgré ces limites, Lan Xang devient rapidement l'une des principales puissances d'Asie du Sud-Est continentale.

Le rôle du bouddhisme theravāda

Fa Ngum introduit officiellement le bouddhisme theravāda comme religion royale, avec le soutien de moines venus du Cambodge et de Ceylan. La célèbre statue du Bouddha Phra Bang, offerte selon la tradition par les Khmers, devient un symbole religieux majeur du royaume.

Le bouddhisme theravāda contribue à renforcer l'unité culturelle du royaume tout en coexistant avec des croyances animistes plus anciennes qui demeurent très présentes dans les campagnes et parmi les minorités ethniques.

Les monastères deviennent progressivement des centres religieux, éducatifs et culturels essentiels. Ils jouent un rôle déterminant dans la diffusion de l'écriture lao, de la littérature religieuse et des traditions artistiques.

L'âge d'or de Lan Xang

Le XVIe siècle correspond généralement à l'apogée du royaume sous le règne du roi Setthathirath, l'une des grandes figures de l'histoire lao.

Face aux menaces extérieures, notamment celles du royaume birman de Toungoo, Setthathirath décide en 1560 de transférer la capitale de Luang Prabang à Vientiane. Cette nouvelle localisation offre une meilleure position stratégique et permet un contrôle plus efficace des régions centrales du royaume.

Sous son règne sont construits plusieurs monuments emblématiques, dont le célèbre stupa du That Luang, devenu le symbole national du Laos moderne.

Le royaume développe alors un important réseau commercial reliant la Chine méridionale, le Siam, la Birmanie et le Cambodge. Les éléphants, le bois précieux, les produits forestiers, les métaux et les textiles figurent parmi les principales marchandises échangées.

Les invasions birmanes et les difficultés du royaume

À partir de la seconde moitié du XVIe siècle, Lan Xang doit faire face aux ambitions expansionnistes de la Birmanie. Les armées birmanes envahissent plusieurs fois le royaume et occupent temporairement certaines régions.

Le roi Setthathirath organise une résistance efficace fondée sur la guérilla et la mobilité des troupes. Malgré plusieurs succès militaires, ces conflits affaiblissent considérablement les ressources du royaume.

Après sa disparition en 1571, les luttes de succession se multiplient et fragilisent progressivement le pouvoir central.

La fragmentation du royaume

À la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle, les rivalités dynastiques conduisent à l'éclatement définitif de Lan Xang.

Vers 1707, le royaume se divise en plusieurs États distincts :

  • le royaume de Luang Prabang au nord ;
  • le royaume de Vientiane au centre ;
  • le royaume de Champassak au sud.

Ces royaumes conservent une culture commune et des liens dynastiques étroits, mais leurs rivalités favorisent l'intervention croissante des puissances voisines.

Cette fragmentation marque une rupture majeure dans l'histoire politique lao et affaiblit durablement la capacité de résistance des États lao face aux ambitions extérieures.

L'expansion siamoise et la perte de l'indépendance

À partir du XVIIIe siècle, le royaume de Siam, centré sur Bangkok, devient la principale puissance régionale. Les royaumes lao passent progressivement sous sa domination politique.

En 1778, les armées siamoises s'emparent de Vientiane et imposent leur suzeraineté aux différents royaumes lao. Ceux-ci conservent une certaine autonomie interne mais doivent reconnaître l'autorité du Siam et fournir tribut et assistance militaire.

Le contrôle siamois s'accompagne de déplacements importants de populations. De nombreux habitants des régions lao sont transférés vers le plateau de Khorat, aujourd'hui situé dans le nord-est de la Thaïlande actuelle. Cette politique explique en grande partie la présence contemporaine d'importantes populations de langue lao en territoire thaïlandais.

La révolte du roi Anouvong

Au début du XIXe siècle, le roi Anouvong de Vientiane tente de restaurer l'indépendance lao.

En 1826, il lance une rébellion contre le Siam en espérant obtenir le soutien des autres principautés lao et des Vietnamiens. L'offensive échoue rapidement face à la supériorité militaire siamoise.

La répression qui suit est particulièrement sévère. Vientiane est largement détruite en 1828 et une partie importante de sa population est déportée vers le Siam. Cet épisode demeure l'un des événements les plus traumatiques de la mémoire historique lao.

L'intégration dans l'Indochine française

La présence française en Asie du Sud-Est modifie profondément l'équilibre régional à la fin du XIXe siècle.

Profitant des rivalités entre le Siam et le Vietnam ainsi que de son implantation croissante au Cambodge et en Annam, la France impose progressivement son influence sur les territoires lao situés à l'est du Mékong.

À la suite de la crise franco-siamoise de 1893, le Siam cède officiellement ces territoires à la France. Le Laos devient alors un protectorat intégré à l'Indochine française.

L'administration coloniale

Contrairement au Vietnam voisin, le Laos reste une colonie relativement peu développée sur le plan économique. Les autorités françaises investissent peu dans les infrastructures et l'industrialisation.

L'administration coloniale contribue néanmoins à fixer les frontières modernes du pays et à réunifier politiquement des territoires auparavant divisés depuis près de deux siècles.

La création d'une administration centrale, le développement limité des infrastructures et l'introduction d'un système scolaire moderne participent à la construction progressive d'une identité nationale lao distincte de celle du Siam.

Les transformations culturelles

Les Français encouragent la préservation de certaines traditions culturelles lao afin de renforcer la différenciation avec la Thaïlande voisine.

La langue lao bénéficie ainsi d'une reconnaissance officielle dans l'administration et l'enseignement primaire. Les études historiques et archéologiques menées durant cette période contribuent également à valoriser le patrimoine national.

La Seconde Guerre mondiale et la montée du nationalisme

La Seconde Guerre mondiale bouleverse l'équilibre colonial en Asie du Sud-Est. L'occupation japonaise affaiblit considérablement l'autorité française.

En 1945, profitant de la capitulation japonaise, des mouvements nationalistes proclament brièvement l'indépendance du Laos sous le gouvernement du Lao Issara, le « Laos libre ».

La France rétablit toutefois son contrôle quelques mois plus tard. Les revendications nationalistes continuent néanmoins de progresser dans le contexte plus large de la décolonisation asiatique.

L'indépendance et la guerre civile

Le Laos obtient progressivement une autonomie accrue au sein de l'Union française avant de devenir pleinement indépendant en 1953.

Cependant, l'indépendance coïncide rapidement avec les tensions de la guerre froide. Trois forces politiques s'opposent :

  • les royalistes soutenus par les États-Unis ;
  • les neutralistes favorables à une position intermédiaire ;
  • le mouvement communiste Pathet Lao soutenu par le Vietnam du Nord.

Le Laos devient alors l'un des principaux théâtres indirects de la guerre du Vietnam.

Entre les années 1960 et 1975, le pays subit d'intenses bombardements américains visant les positions communistes et les infrastructures utilisées par la piste Hô Chi Minh traversant le territoire lao.

Le Laos devient ainsi l'un des pays les plus bombardés de l'histoire rapporté à sa population. Les conséquences humaines, économiques et environnementales de cette période restent importantes plusieurs décennies plus tard.

La création de la République démocratique populaire lao

La chute de Saïgon et la victoire des mouvements communistes en Indochine entraînent un changement politique majeur au Laos.

Le 2 décembre 1975, la monarchie est abolie et la République démocratique populaire lao est proclamée sous la direction du Parti révolutionnaire populaire lao.

Le nouveau régime adopte un modèle socialiste inspiré de ceux du Vietnam et de l'Union soviétique. Les premières années sont marquées par des nationalisations, des réformes économiques et des mouvements migratoires importants vers la Thaïlande.

Les réformes économiques et le Laos contemporain

Face aux difficultés économiques, les autorités lancent à partir de 1986 une politique de réformes appelée *Nouveau mécanisme économique*. Celle-ci introduit progressivement des mécanismes de marché tout en maintenant le monopole politique du parti unique.

Depuis les années 1990, le Laos connaît une croissance économique soutenue fondée notamment sur l'exploitation hydroélectrique, les ressources minières, l'agriculture commerciale et le développement des infrastructures régionales.

L'intégration au sein de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est en 1997 renforce son insertion économique régionale.

Héritages historiques et identité nationale

L'identité historique du Laos contemporain résulte de la superposition de plusieurs héritages majeurs : les cultures préhistoriques du bassin du Mékong, les influences indiennes et khmères, les migrations taï, le bouddhisme theravāda, l'expérience du royaume de Lan Xang, la domination siamoise, la période coloniale française et les transformations politiques du XXe siècle.

Le souvenir du royaume du Million d'Éléphants demeure aujourd'hui un élément central de la mémoire nationale. De nombreux symboles de l'État moderne, tels que le That Luang, le Phra Bang ou certaines traditions religieuses et culturelles, trouvent leurs origines dans cette période fondatrice.

L'histoire du Laos est ainsi celle d'un territoire longtemps situé au carrefour des grandes puissances d'Asie du Sud-Est, qui a progressivement construit sa propre identité politique et culturelle tout en intégrant des influences multiples venues de ses voisins et de partenaires plus lointains.

Entre Mékong et montagnes : les réalités contemporaines du Laos au cœur de l'Asie du Sud-Est

Un État enclavé au centre de la péninsule indochinoise

Le Laos occupe une position centrale en Asie du Sud-Est continentale. Dépourvu d'accès à la mer, le pays partage ses frontières avec la Chine au nord, le Vietnam à l'est, le Cambodge au sud, la Thaïlande à l'ouest et le Myanmar au nord-ouest. Cette situation géographique a longtemps fait du territoire lao un espace de transition entre plusieurs grandes civilisations régionales, mais elle constitue également un défi économique en raison de l'absence d'ouverture maritime directe.

Avec une superficie d'environ 236 800 kilomètres carrés, le Laos est comparable en taille au Royaume-Uni mais demeure l'un des pays les moins densément peuplés d'Asie du Sud-Est. Son relief est dominé par les montagnes et les plateaux qui couvrent près des trois quarts du territoire. Les chaînes montagneuses de la cordillère annamitique, qui forment la frontière avec le Vietnam, dépassent fréquemment les 2 000 mètres d'altitude.

Le Mékong constitue l'élément géographique central du pays. Long de plus de 1 800 kilomètres sur le territoire lao ou le long de ses frontières, il joue un rôle essentiel dans l'agriculture, les transports, la pêche et la production hydroélectrique. La majorité des grandes villes se sont développées le long de son cours ou de celui de ses affluents.

Relief, climat et environnement

Le relief montagneux a profondément influencé le développement du Laos. Les plaines agricoles sont relativement limitées et se concentrent principalement dans la vallée du Mékong et dans quelques bassins intérieurs. Cette configuration explique la répartition inégale de la population, largement concentrée dans les régions basses de l'ouest et du centre du pays.

Le climat est de type tropical de mousson, avec trois grandes saisons : une saison chaude et sèche de mars à mai, une saison des pluies de mai à octobre et une saison plus fraîche et sèche de novembre à février. Les précipitations sont particulièrement abondantes dans les régions montagneuses orientales.

Le Laos possède encore d'importantes surfaces forestières, même si celles-ci ont diminué au cours des dernières décennies sous l'effet de l'exploitation du bois, de l'expansion agricole et du développement des infrastructures. Les forêts abritent une biodiversité remarquable comprenant éléphants d'Asie, gibbons, panthères nébuleuses, gaurs et plusieurs espèces rares découvertes relativement récemment, comme le saola, parfois surnommé la « licorne asiatique ».

La protection de cette biodiversité constitue aujourd'hui un enjeu majeur pour les autorités, qui doivent concilier développement économique et préservation des écosystèmes.

Une population relativement modeste et très diverse

Le Laos compte environ 7,8 millions d'habitants au milieu des années 2020, ce qui en fait l'un des pays les moins peuplés de la région. La croissance démographique reste positive, même si elle ralentit progressivement sous l'effet de l'urbanisation et de l'amélioration des conditions de vie.

La société lao se caractérise par une très grande diversité ethnique. Les autorités reconnaissent officiellement plusieurs dizaines de groupes ethniques appartenant à différentes familles linguistiques. Les Lao des plaines, ou Lao Loum, représentent la majorité de la population et vivent principalement dans les vallées du Mékong.

Les populations montagnardes comprennent notamment les Hmong, les Khmu, les Akha, les Yao et de nombreux autres groupes présents principalement dans le nord et l'est du pays. Cette diversité culturelle constitue l'une des caractéristiques majeures du Laos contemporain.

Le lao est la langue officielle et la langue de l'administration, de l'enseignement et des médias nationaux. Il appartient à la famille des langues taï et demeure très proche du thaï parlé dans le nord-est de la Thaïlande. Le français, héritage de la période coloniale, conserve une présence limitée dans certains secteurs administratifs, diplomatiques et universitaires, tandis que l'anglais progresse rapidement dans l'enseignement supérieur, le tourisme et les affaires régionales.

Le bouddhisme au cœur de la société

Le bouddhisme theravāda constitue la religion majoritaire et demeure un élément central de l'identité nationale lao. Les monastères bouddhistes continuent de jouer un rôle important dans la vie sociale, culturelle et éducative du pays.

Il est encore fréquent pour les jeunes hommes d'effectuer un séjour temporaire dans un monastère, parfois durant quelques semaines seulement, parfois davantage. Cette pratique est considérée comme une étape importante de la vie familiale et spirituelle.

Le bouddhisme coexiste avec des croyances animistes très anciennes, particulièrement présentes dans les communautés rurales et parmi plusieurs minorités ethniques. Le culte des esprits protecteurs, des ancêtres et des génies locaux demeure largement répandu, y compris parmi les populations bouddhistes.

Les communautés chrétiennes, musulmanes et chinoises pratiquant diverses religions représentent une part plus limitée de la population.

Les principales villes et l'organisation territoriale

La capitale Vientiane constitue le principal centre politique, administratif et économique du pays. Située sur les rives du Mékong face à la Thaïlande, elle rassemble les institutions gouvernementales, les principales universités, les banques et une grande partie des activités industrielles et commerciales.

Luang Prabang, ancienne capitale royale inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, demeure le principal centre historique, religieux et touristique du pays. Son architecture mêlant influences lao et coloniales françaises en fait l'une des destinations les plus connues d'Asie du Sud-Est.

Pakse, dans le sud, joue un rôle important dans les échanges commerciaux avec la Thaïlande et le Cambodge, tandis que Savannakhet constitue un important centre industriel et logistique situé sur le corridor économique reliant le Vietnam à la Thaïlande.

Le pays est administrativement divisé en provinces, elles-mêmes subdivisées en districts puis en villages. Cette organisation reflète à la fois les contraintes géographiques et la volonté de maintenir une présence administrative dans des régions parfois très isolées.

Des infrastructures en rapide évolution

Pendant longtemps, le relief montagneux et les ressources limitées ont freiné le développement des infrastructures de transport. Depuis le début du XXIe siècle, le pays a toutefois connu des transformations importantes.

Le réseau routier s'est considérablement amélioré grâce à la modernisation des axes reliant la Thaïlande, le Vietnam et la Chine. Plusieurs ponts internationaux franchissant le Mékong ont renforcé les échanges avec la Thaïlande voisine.

L'ouverture en 2021 de la ligne ferroviaire reliant Vientiane à la frontière chinoise constitue probablement le projet d'infrastructure le plus important de l'histoire récente du pays. Cette ligne à grande vitesse s'inscrit dans les nouvelles routes commerciales reliant la Chine à l'Asie du Sud-Est continentale.

Les principaux aéroports internationaux se situent à Vientiane, Luang Prabang, Pakse et Savannakhet. Le transport fluvial sur le Mékong conserve également une importance locale, notamment dans certaines régions moins accessibles.

Une économie en transition

L'économie lao demeure celle d'un pays en développement, même si la croissance a été relativement soutenue durant les deux dernières décennies.

L'agriculture emploie encore une part importante de la population active. La culture du riz reste dominante et constitue la base de l'alimentation nationale. Les productions de maïs, manioc, café, canne à sucre, légumes et fruits tropicaux occupent également une place importante.

Le plateau des Bolovens, dans le sud du pays, est particulièrement réputé pour sa production de café d'altitude, dont une partie est exportée vers les marchés internationaux.

L'exploitation minière représente une source importante de revenus grâce aux réserves de cuivre, d'or, de potasse et d'autres minerais. Les investissements étrangers, notamment chinois, thaïlandais et vietnamiens, jouent un rôle majeur dans ce secteur.

L'hydroélectricité et les ressources naturelles

Le Laos cherche depuis plusieurs décennies à devenir la « batterie de l'Asie du Sud-Est » grâce à son potentiel hydroélectrique considérable. Les nombreux barrages construits sur le Mékong et ses affluents permettent l'exportation d'électricité vers la Thaïlande, le Vietnam, le Cambodge et la Chine.

Cette stratégie génère des revenus importants mais suscite également des débats concernant ses conséquences environnementales, les déplacements de populations et les impacts sur les écosystèmes fluviaux.

Le développement durable de ces ressources constitue aujourd'hui l'un des principaux défis économiques et politiques du pays.

Le tourisme et le patrimoine culturel

Le tourisme est devenu un secteur économique majeur depuis les années 1990. Les visiteurs sont attirés par les paysages montagneux, les traditions culturelles, les temples bouddhistes et l'atmosphère relativement paisible qui distingue le Laos de certains de ses voisins plus urbanisés.

Luang Prabang demeure la principale destination touristique, mais les régions de Vang Vieng, des plateaux du nord, des Quatre Mille Îles dans le sud et de la Plaine des Jarres attirent également un nombre croissant de visiteurs.

L'artisanat conserve une place importante dans la vie économique locale. Le tissage de la soie, le travail du coton, la fabrication d'objets en argent, la sculpture sur bois et la vannerie restent largement pratiqués dans de nombreuses régions.

Les grandes fêtes bouddhistes rythment toujours la vie sociale. Parmi les plus importantes figurent le Nouvel An lao, célébré en avril, ainsi que les cérémonies liées au calendrier religieux bouddhique.

Enseignement, développement et défis contemporains

Le système éducatif s'est considérablement développé depuis plusieurs décennies, même si des disparités importantes subsistent entre les zones urbaines et les régions rurales isolées. L'Université nationale du Laos, située à Vientiane, constitue le principal établissement d'enseignement supérieur du pays.

Parmi les principaux défis actuels figurent la réduction de la pauvreté, l'amélioration des infrastructures sanitaires, le développement des compétences techniques et la limitation des inégalités territoriales.

Le changement climatique représente également un enjeu croissant. Les épisodes de sécheresse, les inondations et les modifications du régime des moussons affectent directement l'agriculture et les ressources hydriques.

Une position stratégique entre ses grands voisins

La politique étrangère du Laos repose largement sur l'équilibre entre ses principaux partenaires régionaux. La Chine est devenue un acteur économique majeur grâce aux investissements dans les infrastructures, les mines et l'énergie.

La Thaïlande demeure le principal partenaire commercial et culturel, tandis que le Vietnam conserve une influence politique historique importante. Le Laos participe également activement aux organisations régionales telles que l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est.

Cette position de carrefour continental, longtemps considérée comme une contrainte en raison de l'absence d'accès maritime, tend progressivement à devenir un atout stratégique dans les échanges croissants entre la Chine et l'Asie du Sud-Est continentale.